Sous le Laurier et l’Olivier
M∴ L∴
Au cours d’unepromenade en solitaire oùle soleil était haut dans le ciel, jerecherchais quelques ombrages, assez rares, dans notre beau pays de Provence, quand je fus distraite par un chuchotement qu’aucune présence humaine ne pouvait expliquer. Je vous propose donc T.F.P.M. et vous tous mes FF et mes SS MS de nous mettre à l’écoute de ce Laurier et de cetOlivier connus de nous tous, car c’est bien d’eux qu’il s’agit.
Je crois, dit le laurier,que l’on nous a interprétés vous et moi de diverses façons au cours de l’histoire de l’humanité et pourtant certains symboles nous sont communs. Mon nom, cher ami, est à l’origine, comme vous le savez, du mot lauréat, le prénom Laurent qui en a dérivé est attesté depuis l’Antiquité. Nombreux sont les héros, heureux ou malheureux, qui se sont glorifié de ce prénom et ont fait preuve d’héroïsme et de sagesse. Parmi tous ces symboles, il en est un qui me concerne particulièrement, celui de la Victoire. Mais, souvenez-vous, que je représente aussi la pureté. La pureté du Lévite, tout d’abord, dont on dit qu’il mâchait des feuilles de Laurier pour conserver sa parole pure. Sa missionétant de prophétiser les foules, il se devait aussi de rester vierge. Son mariage entraînait automatiquement son changement de fonction, rappelez-vous aussi la pureté de Daphnéequ’Héra transforma en Laurier pour qu’elle échappe à Apollon.
Oui j’entends bien, répondit l’Olivier. Je peux, moi aussi, vous dire qu’ils sont aussi très fiers ceux qui portent le prénom d’Olivier. Je symbolise surtout quant à moi la Réconciliation et la Paix, car je sais que c’est en instaurant la paix qu’il nous faut obtenir la victoire. C’est certainement d’ailleurs dans cet esprit que se déroulaient les jeux olympiques dont je couronne les glorieux vainqueurs.
Je suis aussi reconnu pour ma Force et l’espérance de Renaissance que je porte en moi. Quelles que soient les attaques que j’ai pu subir dans le monde méditerranéen, je reprends vie. Je suis imputrescible. Je m’applique à être utile durablement. Mes blessures sont la preuve de mes luttes pour gagner cette paix intérieure,ce message de paix que la Colombe apporta à Noé.
Par ailleurs, souvenez-vous mon ami, que mes bienfaits dans le monde des simples mortels sont incontestables. Mes fruits sont utilisés sous bien desformes : mes huiles apportent la santé, flattent les palais délicats et depuis la nuit des temps, elles brûlent de donner la Lumière. Enfin, ce sont elles aussi qui, sacralisées par un rituel, offrentparfois un peu de douceur à celuiqui quitte ce monde. Un dernier geste d’Humanité.
Je suis représenté sur le drapeau de l’ONU,tous les peuples partagent l’immense espoir d’une paix dans le monde
Savez-vous, dit encore l’Olivier, qu’il se peut que je sois apparenté aux Francs Jardiniers. Cet Ordre a commencé à se réunir endiversesLoges en Ecosse au XVIIème siècle (1676). Ses règlements généraux rappellent au devoir d’être en règle avec le trésor, d’être assidu, de policer son comportement, d’afficher la fierté et l’honneurd’être FJ.On y retrouve les symboles Maçonniques auxquels s’ajoutent les outils courants du jardinage : bêche, greffoir, sécateur, faux… Deux feuilles d’Olivier symbolisaient les Secrets du F J, Olive était le mot de passe du 1er degré,Noah celui du 2ème et Salomon celui du 3ème. Tous ces frères travaillaient à la gloire du Grand Jardinier de l’Univers.
Laissant nos deux antagonistes à leur échange, je m’éloignai pour laisser place à ma propre réflexion. Je vais essayer de vouslivrer à présent.
Être reçu sous le Laurier et l’Olivier m’avait inspiré une image toute personnelle : celle de ces deux arbres unissant leurs branches pour former fraternellement un arc de cercle au-dessus de ma tête d’impétrant et déjà venait l’idée de récompense, voire de protection définitivement acquise. Mais cette douce image très vite s’est effacée.
Entrer pour la 1ère fois dans cette Loge en deuil, c’était me rappeler la douleur que nous avait causé la mort du Maître. Et le dessous des feuilles argentées de l’Olivier étaient autant de larmes d’argent qui marquaient cette éclipse de la Lumière et de la Vérité ; les ténèbres et la tristesse qui répandaient les nuages de l’ignorance et de l’erreur.
J’ai marché longtemps, depuis que j’ai été reçue sousle Laurier et l’Olivier.
Je me suis quelques fois égarée dans ce rituel, dans ces symboles et ces sentences. Aujourd’hui mon pas est plus assuré, même si une grande prudence s’impose encore à moi. Que la prudence nousguide, comme il est dit dans le rituel, à l’ouverture des travaux.
Êtes-vous MS? « Je m’en glorifie ». La réponse peut surprendre.
Comment prétendre s’en glorifier ? En tirer de l’orgueil ? Voilà qui ne ressemble pas aux vertus de modestie et d’humilité denotre morale humaniste. Plus encore : se féliciter publiquement, n’est-ce pas trahir l’exigence essentielle du Secret propre à notre engagement au 4ème degré ?
Maisje dois très vite comprendrequ’il est légitime de s’honorer d’un succès. Il est juste de me sentir grandie par le chemin parcouru en Loge Bleue. Elle peut être grande ma satisfaction de voir couronné de Lauriers ce choix, parfois difficile, de vouloir aller plus loin.
Le M∴S∴ doit avoir l’appétit de gloire de cesgénéraux vainqueurs que la Rome antique coiffait, non pas de métaux précieux, mais de Lauriers selon une tradition républicaine qui se voulait modeste.Mais le Laurier étant moins résistant que l’Olivier, est-ce à dire qu’il symbolise l’éphémère d’une gloire matérielle ? Et n’a-t-il pas un caractère individualiste ? Le danger de la gloire ne serait-il pas qu’elle renvoie à l’égo une bonne image de soi.
Non. Le Laurier symbolise la victoire sur moi-même,une victoire qui n’implique pas l’Autre., Il ne faut pas s’endormir sur ses Lauriers.Ilfaut faire quelque chose de chaque victoire, lui donner un prolongement.
Ainsi l’Olivier et le Laurier ne sont pas seulement làpourglorifier un travail accompli, mais plutôt pour nous rappeler cette sentence : ce que nous avons appris n’est rien auprès dece qu’il nous resteà apprendre. Si Laurier et Olivier semblent tous deux se prévaloir de ce symbole de victoire, je dois donc comprendre qu’il s’agit bien de celle qu’il nous faudra remporter sur nous-mêmes. La notion de Devoir se présente avec plus de rigueur dans le cheminement du MS. Nos deux arbres sont une incitation, un encouragement,dans l’accomplissement de ce Devoir.
Être reçu Maître Secret c’est aussi être passépar l’Equerre et le Compas. Je suis donc, obligatoirement, passée par la porte étroite et je sais quecette voie sera toujours parseméed’épreuves.
Avec ce compas il me faut élargir le cercle : si l’écartement de ces branchespeut varier selon l’avancement dema recherche, celle-ci se devra d’êtretoujours claire et précise. L’essentiel est de restersur la voie du cœur pour accéder à une profonde empathie avec l’Autre. Autant dire : Ecoutez les opinions des Autres mais ne les déclarez justes que si ellesressortent telles de votre propre examen. C’est ainsi que nous pourronstravailler avec ténacité à larecherche de La parole perdue.
S’il est vrai que le cheminement du MS se fait dans la solitude de son cœur, il est indéniable que le mien s’est enrichi de la compagnie éclairée de mes aînés. Cela nerépond-t-il pas àcette sentence : les premiers Devoirs de la maçonnerie sont ceux de mieux travailler et de mieux s’entendre avec les Autres.
Mais pas seulement ! Il nous est tous arrivé de croiser sur notre route un F ou une S qui n’a pas encore maîtrisé cette sentence : Ne fais pas aux Autres, ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse… De cela aussi j’ai tiré undouble enseignement :
Le manquement, le comportement de l’Autre fait appel à ma tolérance, mais aussi à ma rectitude afin dene pas accepterl’intolérable et cela me renvoiesouvent à monpropre miroir.
Il s’agit avant tout de trouver en moi toutes les forces spirituelles pour triompher de mes mauvais instincts, de mes basses pulsions, d’un orgueil démesuré. Ils sont toujours là ces 3 mauvais compagnons, toujours prêts à faire basculer l’édifice. La tâche est plus ardue qu’il pourrait y paraître.
Alors, que nous indique au juste l’association de ces deux végétaux ? Leur symbolisme à la fois commun et opposé, Force et Persévérance pour l’un, Douceur et Paix pour l’autre, nous disent clairement que la récompense et l’effort sont indissociables. Sous le Laurier et l’Olivier le MS, conscient de ses devoirs et des satisfactions que leur accomplissement apporte, progresse vers la perfection.
Loin de moi l’idée de vouloir changer quoi que ce soit dans notre rituel,mais je ne résiste pas à l’envie de sortir des sentiers battus le temps d’une réflexion.
Après avoir été reçue sous le Laurier et l’Olivier, le MS se doit peut-être de réfléchir sur sa situation. Se situe-t-il seulementsous Le Laurier et l’Olivier ? Ou se situe-t-il entre eux ? Entre la victoire sur soi et la Paix intérieure ? Si je regarde nos tabliers, ils témoignent bien quenous sommes positionnés entreleurs branches.
Il s’agit peut-être, pour chacun de nous, de se situer en fonction de son cheminement intérieur entre Gloire et Paix et s’imprégner des symboles dechacun de nos deux arbres.Si j’estime que le Laurier est l’espérance de triompher de mes passions et l’Olivier la pérennité de la Paix retrouvée, nul besoin de passer de l’un à l’autre. Ils nous accompagnent et leur ombre crée un espace : celui de notre conscience. . Ils sont les deux balises que le MS ne doit pas perdre de vue. Ils définissent, par triangulation, saposition.Mais en même tempsle M∴S∴ ne doit pas rester figé, limité par ces deux symboles. Il doit, au contraire, êtredans une situation évolutive. Il doit les emporter dans sa marche, les faire siens.
Chemin faisant nous apprenons à concilier nos deux arbres comme on accommode des saveurs. Il y a complémentaritéentre victoire et défaite, sagesse et déraison, courage et lâcheté, travail et oisiveté, joie et amertume, etc…. La route sera différente pour chacun de nous, selon nos luttes et notre force pour les aborder.
Cette escapade m’était nécessaire, la rencontre avec nos deux arbres m’a donné ouvert une plus grande compréhension de leurs symboles.
Alors que l’acacia nous révèle la mort d’Hiram et nous plonge tous dans un profond désarroi, Olivier et Laurier me rassurent, l’œuvre n’est pas achevée, je suis invitée sur le chantier.
Peut-être que mes origines méridionales font que l’Olivier m’est plus familier
Il est pour moi une renaissance, une espérance et le Laurier un indispensable rappel à l’Ordre.
Ma promenade touche à sa fin, mon retour dans l’ombre et le silence n’est pas une perte de liberté mais bien une retraite consentie, indispensable, pour retrouver cette Paix intérieure si difficile à atteindre. L’image en serait celle du soleil illuminant les vitraux de la cathédrale pour former un chemin du Lumière au solstice d’été. Après un tel éblouissement, j’ai fait choixde me retrouver dans la pénombreet la plénitude de la crypte.
Il s’agit sans aucun doute de rester à l’écoute de mes deux arbres. Le Laurier me dit : vos travaux peuvent ne pas être récompensés, car celui qui sème nerécolte pastoujours. Mais l’Olivier m’encourage : il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, nide réussirpour persévérer.
Alors au bout de mon âge qu’aurai-je trouvé ? Vivre est un voyage où j’ai tant aimé chantaient certains. Pour moi, c’est aimer la vie avec ses rires et ses larmes, c’est m’appliquer à comprendre et admettre ma finitude avec l’espoir de rester fidèle à mon testamentphilosophique des premiers jours.
J’ai dit !T F P M