Tu ne te forgeras pas d’idoles humaines
M∴ L∴ C∴
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33e et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté
Tu ne te forgeras point des idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion, mais tu répondras toi-même de tes actes et tu ne prendras point les mots pour la réalité.
J’avoue que le sujet de ce travail, qui m’a été donné le soir même de ma cérémonie au grade de maitre secret, moments remplis d’émotions – comme une nouvelle initiation – m’a quelque peu interpellé, et, que j’avais changé de Monde, d’espace, qu’une page de mon vécu Maçonnique venait d’être tournée.
Angoissé aussi, serais-je capable ? de bien comprendre ce que l’on attends de moi, ne suis-je pas venu pour moi, pour mon temple intérieur, et qu’il m’appartient en tant que Maître Secret d’être actif, de réfléchir sur moi-même.
J’ai donc été admis parmi les Lévites. J’ai été régulièrement préparé, et présenté à la porte du temple, un voile portant une équerre, posé sur ma tête, et me voilant la vue. Lèvres closes j’ai effectué quatre voyages d’une marche serpentine ponctuée par quatre sentences. Devant l’autel du Trois Fois Puissant Maître, j’ai entendu au terme du deuxième voyage : « Écoutez la voix qui vous dit : La Maçonnerie t’a libéré de l’ignorance, des préjugés et des superstitions. Elle t’a tiré de la servitude et de l’erreur. Tu ne te forgeras point des idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion, mais tu répondras toi- même de tes actes et tu ne prendras point les mots pour la Réalité. Tu t’efforceras toujours de découvrir l’idée sous le Symbole ».
Je suis devenu un Lévite, et là j’ai commencé à comprendre que ma mission n’était pas seulement de protéger le Temple, mais que j’avais également le Devoir de transmettre, d’expliquer le but de ma recherche personnelle, de mon Savoir. Et surtout donner un sens à ce mot si important pour nous Maître Secret « DEVOIR ».
Une question se pose selon Irène Mainguy : « Le Devoir serait-il une entrave a la liberté individuelle ? Est-il une forme d’asservissement, de soumission à l’oppression d’une morale formelle et arbitraire qui, poussée a l’extrême, pourrais dériver sur le dogmatisme ou une sorte de passion du Devoir pour le Devoir, qui s’apparenterait à un fanatisme intégriste ? »
Mais le Devoir est l’élément moteur de la démarche initiatique, ce n’est pas une contrainte, mais une volonté spirituelle. Mais comment appréhender le devoir sans le savoir qui inspire des doutes salutaires, et nous fait repousser les apparences.
Nous avons étés interpellés lors de notre initiation au 4e degré par cette première sentence, et ce d’une manière extrêmement forte par cet interdit « tu ne forgeras pas d’idoles humaines ».
Dans l’ancien Testament on peut lire : « Tu ne fabriqueras aucune idole, aucun objet qui représente ce qui est dans le ciel, sur la terre, dans l’eau ou sous la terre ; tu ne t’inclineras pas devant des statues de ce genre, tu ne les adoreras pas. En effet, je suis le seigneur ton Dieu, et j’exige d’être ton seul Dieu. Si quelqu’un s’oppose à moi je le punis, lui et ses descendants, jusqu’à la troisième ou la quatrième génération ; mais je traite avec bonté pendant mille générations ceux qui m’aiment et obéissent à mes commandements ».
« Quand le peuple vit que Moïse tardait a descendre de la montagne le peuple s’assembla auprès d’Aaron et lui dit : Allons fais nous un Dieu avec l’or qu’il reçu de tous Aaron fit fondre une statue ; le veau d’or, Yahvé dit a Moïse de retourner vers sont peuple perverti et de s’en écarter pour qu’il l’anéantisse, Moïse calma sa colère, se tint a la porte du temple et dit : a moi tous ceux qui sont pour Yahvé, tous les fils de Lévi se groupèrent autour de lui. Les Lévites firent ce que Moïse avait dit au peuple. Il périt ce jour là trois mille hommes ». Nous sommes donc loin de l’esprit de tolérance, mais cela aussi nous apporte quelques éléments de réflexion.
Chez les juifs, Moïse avait des problèmes avec son peuple qu’il conduisait dans le désert. Il a dû combattre les idoles et le veau d’or pour imposer Dieu, le seul, l’unique. Chez les Grecs il en était de même, il y avait bien un dieu suprême mais aussi de nombreux dieux et déesses subalternes auxquels il fallait rendre des dévotions.
Jésus est alors arrivé pour professer la foi en un seul et unique Dieu. Mais l’Église Catholique est tombée elle aussi dans le même panneau avec ses saints, ses statues, son imagerie religieuse pour mieux, il est vrai, transmettre la parole de Dieu. Quant à l’Église Orthodoxe elle a multiplié la représentation divine sous forme d’icones.
Ce sont les protestants qui y ont mis fin, ou tout au moins des limites, à ces pratiques pour revenir à une forme plus épurée de la spiritualité ou on s’adresse à Dieu seul, directement sans passer par un médium ou un interlocuteur. Les iconoclastes ont détruit les images qui font écran entre Dieu et les humains, dès le 8e et 9e siècle, dans l’empire Byzantin.
Aujourd’hui, même si la notion d’esprit scientifique impose une seule et unique démarche cartésienne, laquelle est appuyée sur l’idée d’un Dieu unique, parfait et infini, la multiplication et le foisonnement des idoles n’ont jamais été si forts. La technologie aidant, on nous fait même miroiter l’opportunité d’en devenir une.
La reconnaissance des autres est le miel qui flatte l’égo et dynamise la vie.
Dieu est difficile d’accès dans nos petites vies mornes et plates de consommation. Que nous dit le Larousse concernant la société de consommation : « société d’un pays industriel avancé ou l’économie pour fonctionner s’efforce de créer sans cesse de nouveaux besoins et ou les jouissances de la consommation sont érigées en impératif au détriment de toute exigence humaine ».
Après avoir apprit à nous connaître, à comprendre notre environnement, à construire au quotidien notre temple intérieur en nous débarrassant notamment de ces trois mauvais compagnons qui polluent notre égo, Le Rite Écossais Ancien et Accepté nous offre désormais la possibilité de vivre nos symboles en cherchant l’idée qu’ils véhiculent.
Au degré de Maître Secret, c’est une véritable feuille de route qui nous est demandée de suivre :
« N’accorde à qui que ce soit une confiance aveugle mais écoute les hommes avec attention et déférence aie la ferme résolution de les comprendre. Accueille toutes les opinions, mais ne les déclare justes que si elles apparaissent telles à ton examen propre. Ne profane pas le nom de Vérité en le donnant aux conceptions humaines ! »
Le 4e degré nous fourni donc la clé de notre quête. Cette clé nous permet de définir ce qui nourri notre égo, donc de pouvoir le priver de cette nourriture que sont les idoles qu’elles soient banales comme celles que nous fabriquent les média, pernicieuses comme celles nées des idéologies ou des religions, dangereuses comme celles que nous rencontrons au cours de l’Histoire contemporaine ou ancienne.
Le rituel invite à se débarrasser de son égo, à servir Dieu et à donner un sens au mot Devoir, sous peine de n’être jamais que l’idole de soi-même.
C’est pour cette raison, que s’il y a dans mon espace intérieur, un endroit ou j’arrive à m’approcher de Dieu, je garderais cet endroit secret pour ne pas le perdre lorsque mis à la vue de tous on pourrait m’en détourner en m’adressant une admiration qui ne serait due qu’à Dieu. Voila un bref aperçu de ce le Rite nous démontre en permanence, par les symboles, légendes et maximes qu’il nous offre d’étudier.
Le R E A A,est un rite empreint de liberté, non point de cette liberté qui ne serait qu’anarchie, mais de cette liberté de connaissance qui fait de nous des hommes prouvant a chaque instant, que nous sommes debout, les pieds fermement ancrés au sol, la tête dans les étoiles, les bras ouverts a tous frères en Humanité.
J’ai dit.