Vos travaux peuvent n’être pas recompensés

Auteur:

H∴ J∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Cette phrase prononcée par l’inspectrice lors de mon initiation au 4ème degré fut immédiatement perçue au milieu des émotions diverses et variées qui m’agitaient alors, comme constituant non pas un conseil, mais un avertissement, une mise en garde. Et aussitôt, une question immanente voire transcendantale s’est imposée à mon esprit :

« Mais, au fait, pourquoi exécutons-nous des travaux ? »

Depuis la nuit des temps, le concept de travaux a une connotation de pénibilité, d’efforts, et de souffrance. Dans la Bible il est envisagé comme une malédiction, un châtiment divin remontant au péché originel.

D’ailleurs, étymologiquement, le mot travail vient du latin « trepaliun » qui désignait un instrument à 3 piliers servant à maintenir les chevaux sous le joug afin de les ferrer, et également à assujettir les condamnés à la torture.

Les bourreaux ne disaient-ils pas qu’ils « travaillaient » un homme en le torturant.

En F M, le travail constitue une notion clef, qualifiée par le rituel du 2sd degré de « 1ère et plus haute vertu Maç » ainsi que de « véritable religion ».

Avancer vers toujours plus de travail, effectuer toujours plus de travaux constitue un des devoirs fondamentaux dés notre entrée en F M.

Immédiatement après avoir reçu la Lumière, nous nous mettons au travail en dégrossissant notre Pierre Brute avec l’aide du ciseau et du maillet.

Au 2sd degré, nous glorifions le travail en prononçant cette phrase sublime : « Gloire au Travail ».

Au 3ème degré, la M M a 7 ans et plus. L’expression « et plus » s’avère primordiale. Car elle indique que ce degré ne peut être envisagé comme étant la fin d’un cycle de travail, mais au contraire que la recherche et les travaux de la M M sont permanent et sans limite, constituant ainsi un pont entre les loges bleues et les Hauts Grades.

Puis au cours de notre initiation au 4ème degré, nous prenons pleinement conscience de ce que nous ne pourrons pas nous endormir sur nos lauriers, lorsque nous entendons la phrase suivante :

« Ce que vous avez appris n’est rien à coté de ce qu’il vous reste à apprendre », nous confortant ainsi dans le fait que nos travaux ne seront jamais finis, et que l’œuvre doit sans cesse être remise sur le métier.

Alors à chaque fois, il nous faudra en reprendre la construction et parfois même rebâtir ! Ce qui n’est pas sans nous rappeler le fameux poème « IF » écrit par notre frère Rudyard Kipling :

« Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un mot te mettre à rebâtir… »

« Tu seras un homme mon fils ! »

Par ailleurs, nous pouvons lire dans le rituel d’augmentation de salaire du 2sd degré : « Nous devons travailler…en artistes pour qui l’œuvre seule compte, et n’est pas nécessairement subordonnée à une récompense ».

Ce passage nous renvoie directement à la phrase constituant le sujet même de cette planche : « Vos travaux peuvent n’être pas récompensés ».

De cette dernière phrase, nous pouvons déduire que nos travaux sont à la fois susceptibles d’être ou de ne pas être récompensés !

Cela dépend, à mon avis, du sens que nous donnons au terme récompense. Je pense que nous pouvons envisager deux interprétations principales de ce mot.

La première interprétation est inhérente aux valeurs et à l’esprit maçonnique. A mon avis, la récompense fait partie intégrante, est indissociable de nos travaux en ce qu’elle résulte de l’accomplissement même de notre démarche maçonnique.

Car en effet, c’est par ou grâce à un travail incessant et assidu que nous arrivons à accomplir un certain nombre de travaux au cours de notre vie de maçonne, et c’est par ou grâce aux fruits de ces travaux, tant personnels que communs, que nous progressons dans notre quête initiatique, et donc dans notre recherche de « la Vérité et de la Parole Perdue ».

Ensuite, bien qu’entachés d’une notion de pénibilité, nos travaux n’en constituent pas moins une activité enrichissante, nous permettant de nous accomplir, de nous réaliser en créant une œuvre, quelque qu’elle soit.

Exécuter des travaux nous aide à développer la compréhension de nous-mêmes, des autres, à trouver notre place dans l’Univers…à nous éloigner du monde de la matérialité pour aborder celui de la spiritualité.

Par ailleurs, les travaux nous permettent de transmettre ce que nous avons nous-mêmes reçus, ils sont également susceptibles d’apporter d’autres points de vues, un autre éclairage sur un sujet donné et ainsi enrichir d’autres ouvrages.

Je dirais donc que dans cette optique, nos travaux, non pas peuvent, mais sont récompensés, car la récompense réside dans un perfectionnement de nous-mêmes, constant, régulier, progressif, et ce grâce aux travaux que nous avons réalisés.

(J’ouvre maintenant une parenthèse car je tiens à préciser que dorénavant dans la suite et la fin de mon développement, je n’envisagerai la notion de récompense seulement dans le sens la 2sde interprétation que je vais aborder).

Nous pouvons donc, également attribuer à la notion de récompense une 2sde et toute autreinterprétation, je pense que dans cette conception là nos travaux peuvent ne pas être récompensés, à savoir lorsque nous attendons clairement de nos travaux un dédommagement, une contrepartie.

Lorsque nos travaux sont exécutés dans le but d’obtenir des honneurs, la reconnaissance de nos sœurs ou de nos frères, une forme quelconque de valorisation, une distinction, un pouvoir personnel, etc…

Dans de tels cas, la récompense que nous espérons de nos travaux réside uniquement dans la satisfaction de notre ego.

Une Franc-Maçonne est libre.

Pour être libre, il ne faut en aucun cas qu’elle songe à une quelconque récompense de ses travaux. Car, en cas contraire, elle se trouverait en situation d’asservissement, d’inféodation au regard ou à l’opinion de ses sœurs en particulier, et des autres en général.

Une telle situation constitue, à mon sens, l’antithèse de la notion de la liberté.

Si nous sommes des maçonnes libres, vraiment libres, nous n’avons à attendre de nos travaux nulle récompense. Et par ailleurs, ils ne doivent susciter chez nous nulle crainte, nulle peur d’une sanction !

Si ce n’est celle de notre conscience !

Pour ce faire, nous devons essayer de vivre le plus possible en adéquation avec cette partie à la fois la plus intime et la plus libre de nous même que l’on appelle le « SOI », et que notre recherche initiatique nous a permis, peu ou prou, de découvrir, ou pour le moins d’approcher.

En effet, il ne faut pas oublier que lorsque nous sommes passées par la porte basse au cours de notre initiation au 1er degré, la posture que nous avons du prendre à ce moment là, en nous courbant presque jusqu’à terre symbolisait, entre autre, l’humilité dont il fallait que nous fassions preuve tant au quotidien qu’au cours de nos travaux.

Pour ce faire, il nous fallait donc écarter ce MOI mis en exergue dans le monde profane pour oser entrer en introspection. Il s’agit là d’un des premiers travaux que nous avons du effectuer en qualité de jeune initiée afin d’arriver par un dépouillement lent et progressif de nos métaux à l’extinction de notre ego.

Par ailleurs, notre rituel introduit le Devoir comme la valeur fondamentale du Maître Secret :

« Sachez mes Sœurs, que l’idéal de la F M est l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au Sacrifie. Êtes-vous prêtes à faire votre Devoir en toute circonstance et quoi qu’il puisse vous en coûter ? »

Ici, à l’exemple d’Hiram, le sens du Devoir doit l’emporter sur toutes choses, y compris sur toute idée de récompense.

Le rituel du 4ème degré exprime clairement l’idéal maçonnique de ce grade comme étant l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au sacrifice.

Pour le Maître Secret, Devoir et Sacrifice constituent 2 impératifs indissociables. Ce sacrifice correspond à la mort volontaire de l’ego, au renoncement de tout sursaut individuel de manifestation irraisonné de cet ego, et donc par la même à l’abandon de toute idée de récompense en relation avec ce dernier.

Un peu plus loin, nous pouvons continuer à lire dans notre rituel :

« Êtes-vous prêtes à accomplir le Devoir parce qu’il est le Devoir, sans songer à la récompense et à être satisfaite de l’approbation de votre seule conscience ? »

Le Devoir consiste à agir en pleine conformité avec notre conscience car il est parfois difficile de le reconnaître ou de l’appréhender, puisqu’il nous renvoie à la recherche de la Vérité et de la Parole Perdue, concept « inaccessible à l’esprit humain ». Pour pallier à cette déficience, nous n’avons d’autre choix que celui d’être à l’écoute de notre conscience, notre fil conducteur, notre guide…

Dans cette acception, il ne peut y avoir de Devoir sans conscience, ce dernier étant l’expression d’un Homme à la fois libre, « éclairé » et faisant montre de discernement… Le Devoir ne constitue donc en rien une contrainte, il exprime la continuité logique d’un engagement qui s’affirme au fur et à mesure de notre avancée initiatique, nous libérant progressivement de nos entraves, de nos certitudes, de nos préjugés, nous permettant d’être ainsi de plus en plus libre : libre de nous opposer aux inclinaisons de notre nature, libres de nos actions dans le sens où elles sont parfaitement désintéressées, libres d’effectuer des travaux sans en attendre une récompense particulière ou un quelconque résultat si ce n’est l’accomplissement du :

« Devoir parce qu’il est le Devoir ».

J’ai dit !

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