Un voile sur les yeux, la corde au cou, moi, Vénérable Maître !

Auteur:

W∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Le titre de cette planche avec ses 3 points d’exclamation traduit la surprise, l’interpellation, voire l’humiliation du V M d’être voilé et encordé. Cela pourrait être assimilé à un retour à l’initiation du 1er degré avec le bandeau et la corde au cou. En effet, le V M n’avait-il pas terminé son initiation ? N’avait-il pas atteint un certain niveau de connaissance ? N’avait-il pas appréhendé les principaux aspects du rite ? Alors pourquoi recommencer ?

Le voile est mis sur nos yeux avant d’entrer dans le temple, c’est à ce moment que le récipiendaire se pose les questions, car il n’est pas encore dans la cérémonie d’initiation et sans explications. La corde suscite moins de questionnement, car elle est passée au cou lors de la cérémonie d’initiation, faisant ainsi partie du rite an tant que message symbolique.

Si on interprète au 1er degré (dans tous les sens du terme) cet accoutrement du M M, la première impression est une interrogation. Le voile pour cacher quoi ? La corde pour quelle aliénation ?

Il est indiqué dans le rituel que le voile représente un accès limité à la connaissance et à la lumière, donc que l’instruction est incomplète. L’équerre sur le voile rappelle qu’il faut marcher droit devant nous, ne pas se laisser emporter sur le chemin de l’erreur. La corde n’est pas décryptée dans le rituel mais on peut aisément y voir le lien et l’union entre frères ou le guide pour éviter de s’égarer. Dépassons la signification de ces deux symboles pris individuellement pour comprendre l’« expérience » car il ne s’agit pas tant de comprendre les symboles que d’appréhender les épreuves d’initiation.

Toute initiation est un passage. Les passages au 4 premiers degrés de la F M mettent en scène des voyages symbolisant le chemin du postulant pour atteindre le niveau supérieur. Même si les 4 voyages du M S ont, selon I.Mainguy, un contenu plus moral qu’initiatique, il n’en reste pas moins qu’ils représentent le cheminement initiatique personnel.

C’est dans ces voyages que le voile et la corde prennent tout leur sens, c.à.d. leur signification pour livrer leur enseignement. Le point important du voile est ce qu’il montre, plus que ce qu’il cache. Il fait partiellement découvrir la direction où chercher, même si l’opacité enlève de la précision. Le voile met en exergue le chemin, il nous fait prendre conscience qu’une recherche ne peut être fructueuse que si on sait quelle direction prendre pour trouver le chemin vers la lumière, la vérité et la parole perdue. D’ailleurs lorsque le voile est ôté, que voit-on : le temple dans toute sa clarté et sa grandeur, ainsi qu’il est dit dans l’Ecclésiaste « le sage a les yeuxouverts mais l’insensémarche dans les ténèbres ».

Le symbolisme de la corde vient compléter celui du voile car s’il est nécessaire de connaître la direction et le chemin, encore faut-il être capable d’avancer. La corde doit être vue comme un guide, plus qu’une contrainte de mouvement représentée par le nœud coulant. La corde qui relie et enchaine les postulants signifie qu’on ne peut avancer seul sur le chemin initiatique. De la même manière, la lecture d’ouvrages aussi ésotériques soient-ils ne fera jamais avancer, car on ne peut pas s’auto initier. On ne peut avancer seul, dans tous les cas il faut un accompagnant, un guide, un instructeur, un maître, un passeur de lumière. C’est grâce à ces accompagnants que l’on pourra s’approcher de la vérité qui gît au fond de nous même, à l’instar de ce que disait déjà Platon « Si l’on interrogebien les hommes, en posantbien les questions, ils découvrent d’eux-mêmes la vérité sur chaque chose ». C’est la maïeutique de Socrate.

Le voile et la corde symbolisent donc notre quête initiatique, notre recherche de la vérité et de la parole perdue.

Contrairement au M M du 3ème degré qui ne poursuit pas sa recherche, le M S a conscience de ses limites, il a l’intuition, il sait que de nombreux aspects du rite sont à éclaircir, que l’instruction est incomplète, que le chemin ne s’arrête pas là.

Le M S accepte de se remettre en cause, même ce qu’il a déjà appris. Il est prêt à affronter les difficultés et les souffrances. Il pourra compter sur ses frères pour le conduire avec fermeté et fraternité jusqu’à la lumière. Le M S doit donc faire preuve de lucidité et d’ouverture pour accepter de voir que le but n’est pas atteint, et de courage et de force pour s’engager sur le chemin et tenter une nouvelle expérience.

Pour le M S, il s’agit d’une nouvelle étape, d’un nouvel apprentissage. Le but étant le chemin, on n’est jamais arrivé, la quête est permanente. S’arrêter c’est mourir.

Nous sommes ignorants de notre ignorance car par définition « on ne sait pas ce que l’on ne sait pas ». Chaque étape d’initiation franchie nous enseigne que nous avons encore plus à découvrir, l’horizon s’élargissant davantage à chaque avancée, car nous ne sommes que d’éternels apprentis.

Le rite de passage d’un degré à un autre peut donc ne pas être une humiliation, c’est une épreuve que l’on devrait au contraire rechercher car elle est signification de progrès. C’est toute la beauté de l’initiation.

Trois Fois Puissant Maître, j’ai dit !

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