Vous ne prendrez pas les mots pour des idées…

Auteur:

E∴ F∴

GLFF
Loge:
Non communiqué


A peine introduite dans le Temple, lors de notre Initiation au 1° degré, il nous est dit :


« Ici tout est symbole. Tout ce que vous pourrez y voir, tout ce que vous pourrez y entendre, tout ce qui s’y fait, a une haute signification, qu’il vous appartiendra de chercher à comprendre, à approfondir. »



Dès le 1° voyage, lors de notre Initiation au 4° degré, la voix du T F P M profère :


«Vous ne prendrez pas les mots pour des idées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole



Tout se tient, la cohérence apparaît évidente. Perception intuitive de la justesse de cette phrase,


Dont l’énoncé au tout début du rituel marque la force et l’importance.



3 termes y sont mis en relief : mot, idée, symbole. 3 termes qui, bien que différents, sont liés par le fait qu’ils se génèrent mutuellement et sont concomitants de l’apparition du langage, fonction d’expression de la pensée et de communication entre les humains.



Ces 3 termes sont articulés selon 2 couples : mots/idées et idée/symbole, et en deux parties bien distinctes :


– vous ne prendrez pas les mots pour les idées : sensation de quelque chose d’arrêté, d’une facilité : nous nous contentons de saisir et de poser.


– vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole : sentiment de mouvement, de recherche, d’effort, d’implication personnelle.



Le mot est un son ou un groupe de sons d’une langue, formant une unité autonome servant à nommer un être, une chose ou un concept et visant à le faire exister en temps que tel.


Les mots s’associent pour donner naissance au langage, véhicule des idées.


En grec, idea qui vient du verbe idein : « voir », a le sens large de : « forme, image, idée ».


L’idée est une conception de l’esprit, une manière de concevoir une action, de se représenter la réalité ou d’évoquer une notion abstraite.


Mots et idées semblent indissociables. Notre esprit est ainsi fait que la formation d’une idée et l’évocation des mots qui la montrent, sont un seul et même acte. Le mot est un signe, générateur d’idées qui lui donnent sens.


Par les mots et par les idées, nous sommes en relation avec le monde et avons accès à sa représentation et à sa connaissance.



Alors pourquoi faire intervenir le symbole et lui donner implicitement la primauté ?



En nous limitant au sens apparent du mot (phonème ou graphème), nous prenons le risque de rester prisonniers d’un carcan mental, figé et réduit à une idée précise et souvent rationnelle. Un symbole est la représentation figurée, imagée, concrète, d’une idée abstraite.


Parmi les multiples définitions du symbole, je retiendrai celle de Jung pour qui : « ils sont un terme, un nom ou une image qui, même lorsqu’ils nous sont familiers dans la vie quotidienne, possèdent néanmoins des implications qui s’ajoutent à leur signification conventionnelle et évidente. Le symbole implique quelque chose de vague, d’inconnu ou de caché pour nous. Ils sont un perpétuel défi à nos pensées et à nos sentiments ».


Le symbole peut être gestuel (la main en équerre sur la gorge, au 1° degré), un objet (un arbre), un animal (la colombe), un signe (croix), une forme (le triangle) …


Le symbole part de l’objet, ou du signe, pour nous conduire à l’ « existant » par un décollement de ce qu’il est convenu d’appeler la « réalité chosifiante ».


Le symbole, instrument de pensée, est vivant et joue sur les structures mentales : à la fois représentatif (générateur d’images, de mots) et moteur en ce qu’il met le psychisme en mouvement (associations d’idées, questionnements, …).


Si le mot a une finitude, une concrétude qui peuvent nous laisser stagner dans le confort et la satisfaction apparents d’une idée acquise, certaine et fixée, le symbole est moteur de pensée, outil d’évolution et source de vie.


Nous parlons d’ailleurs de définition (borne, limite) d’un mot, et d’interprétation (explication, traduction, médiation) d’un symbole.



Les mots nous sont donnés, imposés de l’extérieur, impersonnels, constitutifs d’un langage codifié, structuré, fabriqué par le conscient, essentiellement voué à la communication et souvent utilisé à convaincre, voire à asservir l’autre à ses idées.


Les symboles sont les composants d’un langage non pas culturel mais naturel, jaillissant de l’intérieur. Surgi de l’inconscient, ce langage secret permet à l’âme de s’exprimer et d’atteindre le conscient, langage des profondeurs qui tire son unité de l’inconscient collectif.


L’ambiguïté et la difficulté proviennent de ce que l’interprétation des symboles se fait à travers les mots du langage conventionnel.


Mais nous sortons de cette ambiguïté lorsque nous posons que les mots du langage conventionnel peuvent avoir deux valeurs :


Une valeur « finie » générant des idées et des images précises, qu’elles soient concrètes ou abstraites, mais presque toujours du domaine du matériel ou de l’intellectuel.


Une valeur « infinie » lorsqu’ils sont liés à un symbole, et les idées ou images multiples découvertes sous les voiles du symbole seraient de l’ordre du spirituel.


Ce que je résumerais par : les mots génèrent un langage de l’individu, les symboles génèrent un langage de l’ « être ».



Le symbole a des propriétés multiples :


mobile : l’interprétation d’un symbole ouvre des portes sur les autres symboles par un mouvement naturel de la pensée, nous met en appétit de connaissance


exploratoire : incite à la découverte, à pénétrer les sens cachés, à lever les voiles et par la même étend le champ de la conscience


constant : l’interprétation d’un symbole a une dimension universelle, une essence identique et commune à tout homme, détachée du temps et de l’espace.


Le symbole est à la fois vertical et horizontal : à travers le temps, des origines à nos jours ; à travers l’espace, chez les hommes d’une même génération quelle que soit leur origine. Il a permis et permet encore le maintien et le transmission à travers le temps et l’espace, par les idées universelles qu’il véhicule, de la Tradition et de la Connaissance.



Le symbole est porteur de réponses, toujours partielles, mais sa richesse est de nous mettre en constante situation de recherche, (en respect de la Déclaration de Principes et des rituels aux différents degrés) dans une quête infinie vers la Lumière, la Vérité et la Connaissance


Il a cette particularité que chacun reste libre, non seulement de son interprétation, mais de la profondeur de sa recherche, de l’importance de son parcours. Rien n’est donné, rien n’est imposé, tout est à découvrir, le choix est total, la liberté absolue.


Stimulant sans cesse l’esprit de recherche, il sollicite l’intuition, la réflexion, s’adressant simultanément à notre intelligence, à nos émotions, à notre esprit. En cela il est un outil essentiel et précieux pour notre quête de la Vérité.



L’idée sous-jacente au symbole est fonction de l’interprétation de chacun. Mais si l’interprétation des symboles est laissée à notre entière liberté, elle nécessite de ne pas s’éparpiller dans toutes les directions pour éviter de se perdre dans les excès de l’imagination.



Selon Bayard, « l’étude des symboles n’est pas une abstraction de l’esprit, mais une recherche consciente et rigoureuse ».


Pour Stanislas de Guaita, « il faut s’aventurer à la conquête du vrai, à travers les ténèbres d’un monde inconnu ; pénétrer l’essence des choses ; essayer d’assimiler ce qui est éternel, comprendre ce qui nous dépasse ; tenter de réintégrer l’unité primordiale ».



Le symbole permet un élargissement des idées en même temps qu’il nécessite de la discipline. Sagesse et discernement pour suivre la voie de la Tradition, Force et persévérance pour en découvrir les aspects aux différents niveaux, et approcher de la Beauté par la justesse et l’harmonie des liens unissant toutes ses facettes pour que l’idée jaillissant du symbole devienne Connaissance et part de la Vérité.



L’exploration des symboles et leur compréhension relèvent essentiellement de l’in-telligence du cœur, antinomique de l’intelligence rationnelle et scientifique.



L’étude d’un symbole n’est jamais achevée. Il y a toujours possibilité d’une nouvelle question, de mettre en lumière un aspect nouveau.



La méditation sur un symbole, la recherche et la découverte des idées qu’il recèle et fait naître à notre conscience, conduisent à la connaissance de soi et à reconnaître sa place dans le monde et dans l’univers, tout à la fois être particulier et individué et infime partie du Tout.



Platon distingue le monde des apparences sensibles du monde intelligible, celui des idées éternelles et immuables, qui serait le lieu du Vrai en soi. Le monde de ces idées est celui où se situent les archétypes, les modèles ; c’est le monde du Bien et de l’Etre par excellence d’où procèdent toutes choses.


Pour Platon la connaissance est possible car notre âme a jadis, avant de s’incarner dans notre corps, contemplé les idées. Platon développe en effet le mythe de la métempsycose qu’il emprunte à Pythagore. L’âme lors de l’incarnation a oublié les idées, et la connaissance consiste donc à se souvenir. C’est ma réminiscence.


Si l’on cherche la vérité, c’est qu’on ne la connaît pas. Comment peut-on chercher ce que l’on ne connaî pas ?


La réponse de Platon sur ce point est claire : tout ce que connaît notre âme ne peut provenir que d’une existence antérieure où, séparée du corps, elle a pu contempler les idées. Autrement dit, pour Platon, notre âme est immortelle et a eu commerce avec les idées mais, jointe accidentellement au corps, elle a oublié ce qu’elle savait depuis toujours.


Connaître, ce serait donc arriver à reconnaître, à réveiller le plus possible les souvenirs enfouis en notre âme, à faire cet effort de réminiscence, afin de se réapproprier ce savoir du Vrai qu’elle a toujours eu en elle mais qu’elle ignore posséder ?



La lecture et la compréhension d’un symbole sont à la fois personnelles et subjectives (fonction de notre degré d’évolution et de notre sensibilité), en même temps qu’universelles, puisqu’émergeant de notre inconscient, relié à l’inconscient collectif.



Fontana résume le point de vue jungien en écrivant : « profondément enfoui dans la psyché, se trouve l’inconscient collectif, siège de ces dynamismes instinctifs qui, depuis des millénaires, modèlent nos émotions et nos valeurs ».

Vous ne prendrez pas les mots pour des idées…


Ces énergies primordiales ne peuvent accéder à la conscience à l’état brut, elles sont appréhendées sous une forme symbolique.


Jung qualifiait ces symboles d’ « archétypes » et pensait qu’ils étaient l’héritage commun des hommes.


Par leur intermédiaire nous passons de l’incarnation au plérôme, du profane au sacré.



Par ces qualités que j’ai évoquées, et toutes celles que je n’ai pas encore discernées, il m’apparaît que si les mots mènent aux idées, le symbole, clé du royaume de la Connaissance et langage secret, éveille à l’Idée.



Avec cet outil universel qu’est le symbole, notre devoir est de chercher, chercher encore, du centre du cercle à la circonférence pour revenir au centre, et aspirer à atteindre le cœur sacré de l’inaccessible étoile, à la pointe d’une infinie spirale d’évolution.




J’ai dit…



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