Vous ne prendrez pas les mots pour des idées
B∴ M∴
A la Gloire
du Suprême Architecte des Mondes
Ordo ab Chao Deus Meumque Jus
Ordre Maçonnique Traditionnel du Rite Ancien et Primitif de
Memphis Misraïm
Suprême Conseil pour l’Europe et les Pays Associes
Trois fois Puissant Maître, mes T T C C F F et S S, je me suis arrêté sur le conseil donné par le Trois fois Puissant Maître énoncé lors du premier voyage de réception au 4ème degré : « Vous ne prendrez pas les mots pour des idées ! »
En réalité, la signification de cette phrase, qui pourrait être comprise comme un ordre ou comme un conseil, semble évidente. Elle sous-entendrait et nous mettrait donc en garde, qu’il faut se méfier des idées préconçues, des préjugées. Elle semble dire qu’une idée ne peut venir simplement d’un mot ou d’une succession de mots. Qu’elle est forcément plus que ça. Et surtout, que le penseur doit être le seul auteur de ses pensées. Indirectement, nous pouvons penser à Platon dans sa caverne ou Néo dans la Matrice. Les mots ne sont que des reflets, des images, des illusions, des ombres projetées sur un mur.
Paradoxalement, cet ordre ou ce conseil, qui pourrait se prétendre une idée, est une succession de mots. Nous allons donc essayer de réfléchir ensemble sur la réalité de cette maxime et essayer de vérifier si le conseil s’avère juste ou non.
La réflexion, qu’elle soit scientifique ou philosophique, est un dialogue entre l’homme et la nature. Tout l’art réside dans la manière de formuler les questions et dans l’analyse des réponses que la nature nous renvoie. Il est donc essentiel avant d’aller plus loin de définir ce que nous cherchons et donc de préciser ce que nous entendons par « mot » et « idée ».
Qu’est-ce
qu’un mot ? Le sens vient du bas latin « muttum
» qui signifie grognement. D’un point de vue plus
technique, un mot est un son ou groupe de sons articulés ou
figurés graphiquement, constituant une unité
porteuse de signification à laquelle est liée,
dans une langue donnée, une
représentation d’un être, d’un objet ou d’un
concept. Mieux encore, c’est un élément
de la langue composé d’un ou de plusieurs
phonèmes, susceptible d’une transcription écrite
individualisée et participant au fonctionnement
syntacticosémantique d’un énoncé.
Je pense que ces définitions sont en fait très complexes alors qu’en fait, les mots ne sont que des conventions humaines et sont souvent le fruit du hasard. Je donnerais deux exemples.
Le premier concerne le mot « foie », l’organe. Dans la lointaine Égypte, la nourriture et donc la vie, étaient étroitement liées aux vicissitudes et aux crues de la mère nourricière de ce pays, le Nil. Pour survivre pendant les périodes sèches, il était primordial alors, de pouvoir conserver les aliments. Pour cela, les Égyptiens avaient à leur disposition trois éléments : le sel, le miel et la graisse. La graisse provenait essentiellement du foie des oies que le peuple juif, esclave de l’Égypte, engraissait. Cette tradition comme beaucoup d’autres, a été ensuite reprise par les grecs puis par les romains. L’origine du mot foie vient donc du Latin « ficatum » qui signifiait « figue » car à Rome on engraissait le foie des oies en les gavant de figues. On les aurait gavées avec des dates, notre actuel foie s’appellerait certainement autrement. C’est bien un pur hasard.
L’autre exemple que je voulais citer concerne le mot « atome ». La définition du mot atome, elle, provient du grec ancien « atomos », qui signifiait « qui ne peut être divisé ». À l’époque de la découverte de l’atome, nous pensions que c’était la plus petite entité de matière indivisible. Depuis, nous savons qu’un atome est constitué d’un noyau autour duquel se distribuent des électrons, noyau qui lui-même est constitué de protons et de neutrons, ces deux derniers éléments n’étant pas non plus des particules indivisibles puisque constitués eux-mêmes de quarks.
Les mots sont donc des conventions humaines qui renvoient à des choses ou des concepts réels, ou tout au moins à l’image que l’on s’en fait. Ils forment un champ sémantique conventionnel qui s’enrichit avec les progrès de l’humanité, son besoin de communiquer et de faire exister les nouvelles inventions et les nouveaux concepts. Ils sont donc le support essentiel de la pensée, qu’il existe une pensée irréductible aux mots comme le pensait Bergson, ou que les mots passent par le langage comme le pensait Hegel.
D’après Hegel, la thèse selon laquelle il serait possible de penser sans langage reviendrait entre autre à considérer le langage comme un simple instrument de la pensée. La pensée serait alors une réalité préexistante, antérieure, dont le langage se ferait simple médiateur. En ce sens la pensée conceptuelle, passant par des mots ne serait qu’une espèce du genre « pensée ». Ce ne serait qu’une forme, restreinte, qu’elle pourrait prendre.
Les mots sont-ils qu’un simple instrument de la pensée ? Celle-ci serait alors indépendante, antérieure, voire plus large que les mots par lesquels elle s’exprime ? Le fait que l’on cherche parfois nos mots peut par exemple être interprété en faveur de cette thèse.
Ou les mots ne sont-ils pas au contraire une condition nécessaire de la pensée, c’est-à-dire ce sans quoi il n’y a pas de pensée ?
Ou la vraie pensée n’est elle pas le mot lui-même, lorsqu’il extériorise l’idée, la pensée ? Nos pensées, nos idées ne peuvent en effet n’être déterminées que lorsque les mots les ont formulées. Le concept n’est relié qu’à une image matérielle écrite ou phonique c’est-à-dire : le mot.
Alors, pourquoi ne faudrait-il pas prendre les mots pour des idées.
Revenons un peu en arrière et interrogeons-nous maintenant sur ce qu’on entend par « idée » ? Les définitions sont multiples. Rien que dans le Larousse, je n’en dénombre pas moins de cinq. On peut décrire une idée comme une représentation abstraite, élaborée par la pensée, d’un être, d’un rapport ou d’un objet. Comme tout contenu de pensée, toute élaboration de l’esprit, comme une manière personnelle de voir les choses, ce que l’esprit conçoit ou peut concevoir. Ce qui n’existe que dans l’esprit, dans l’imagination, par opposition à ce qui existe en fait, dans la réalité, de façon concrète. D’un point de vue plus philosophique, les représentations sont plurielles également. En tant que représentation de l’esprit, la quête même du philosophe n’est-elle pas de chercher des idées ? Chez Platon, c’est ce qui appartient au domaine de l’intelligible et qui seul possède la perfection éternelle et la réalité absolue. C’est le modèle général de chaque chose concrète ou de chaque notion abstraite, qui est dans l’esprit de tout homme avant sa naissance et qui lui permet de concevoir la réalité. C’est Le monde des Idées par opposition au monde des Sens.
Chez Kant, c’est un concept nécessaire de la raison pure auquel ne peut correspondre aucun objet donné par les sens et qui répond à l’exigence d’unification de tous nos raisonnements. Chez Hegel, c’est une pensée absolue, objective, en soi, dont procèdent par développement dialectique la Nature et l’Esprit.
De ces propositions multiples, je retiendrai la notion d’image, de « vue de l’esprit » par opposition à ce qui existe, ou ce qui est scientifiquement démontrable. En effet, les idées et la pensée qu’elles soient théologiques, philosophiques ou métaphysiques, se situent au-delà des réalités physiques, et ce d’autant plus avec le développement des sciences modernes et des études objectives de la nature. À ce sujet, je me permets de revenir sur ce que je disais il y a un instant lorsque j’évoquais le fait que les mots ne sont que des conventions humaines et sont souvent le fruit du hasard. Le mot métaphysique est aussi un bel exemple. Étymologiquement, le mot se compose de « physiká », la « nature » et son étude, la « physique » ; et d’une préposition grecque « metá » au sens aussi imprécis puisqu’elle peut signifier : « au milieu, parmi, avec, entre, au-delà, après ». C’est à ce dernier sens et à Andronicos de Rhodes que l’on doit l’apparition du mot métaphysique.
À l’époque, Andronicos de Rhodes, qui fut un philosophe péripatéticien, l’école philosophique fondée par Aristote au Lycée d’Athènes et qui tire son nom du terme grec « peripatein » « sepromener » car Aristote enseignait en se promenant, fut le dernier recteur de ce Lycée et l’éditeur des oeuvres d’Aristote. La collection des écrits séparèrent les livres « phusikè achroasis » « Leçons de Physique » sur la nature et ceux qui venaient après, « meta ta phusika », la Métaphysique. Le mot « méta-physique » avait donc à l’origine un sens simplement et purement éditorial. Ce sont ensuite les platoniciens qui ont voulu y voir la discipline qui porte sur les réalités au-delà de la physique.
N’ont-ils pas fait d’un mot une idée ?
En réalité je ne le crois pas. Ils ont fait d’un mot la discipline qui porte certainement sur la pensée ultime, sur la recherche des causes, des premiers principes en ce sens qu’elle a pour objet la connaissance de l’être absolu, des causes de l’univers et de la nature de la matière. Elle s’attache à étudier les problèmes de la connaissance, de la vérité et de la liberté. Kant, dans sa deuxième préface de la Critique de la Raison pure, définit les trois concepts principaux de la métaphysique, Dieu, l’âme et la liberté, comme les trois domaines auxquels la science ne pourra jamais apporter de réponse. Trois mots dont on ne peut que se faire des idées : Dieu, le créateur de toute chose. L’âme et derrière ce mot, la notion d’immortalité. Enfin la liberté, sous-entendu, le libre arbitre.
Sont-ce en fait des mots ou des idées ? Kant parle de concepts alors qu’au départ ce ne sont que des mots. Et ces trois concepts ne se résument-ils pas à un seul ? À un seul mot : Dieu. Celui qui serait à l’origine de tout et donc à l’origine même des nos âmes et de notre liberté. Entendons-nous bien. Je parle ici, comme l’évoquait Einstein lorsqu’il se disait croire en Dieu, du Dieu de Spinoza. Celui qui se révèle lui-même dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non du Dieu qui se soucie du destin et des actions des êtres humains ou du Dieu des lacunes, le divin à qui nous faisons appel pour expliquer les lacunes des théories scientifiques.
À ce niveau de réflexion, nous ne pouvons cependant, nous empêcher de nous rapprocher des textes théologiques et notamment du prologue de l’évangile selon Jean. Il est écrit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe ».
La chrétienté mais aussi l’islam sont centrés sur le Verbe. La grande différence entre les deux demeure dans le fait que chez les chrétiens, le Verbe est incarné, « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » alors que dans la religion islamique, le Verbe ne devient pas chair et doit donc rester sous la forme de mot. C’est pour cela qu’il est acceptable chez les chrétiens de dépeindre le Verbe et donc Dieu sous forme humaine alors que dans l’islam, il ne peut s’exprimer que par la calligraphie des noms des figures saintes de l’islam.
Toujours est-il que quelque soit la forme que prend le Verbe, nous voyons que c’est lui qui serait à l’origine de tout. Ce qui reviendrait à dire qu’avant même l’idée, voire même l’idée d’une idée, il y a eu le mot ; le Verbe. Donc nous ne pourrions, au contraire du conseil donné par le « Trois fois Puissant Maître » prendre nos idées que des mots.
Il y a quelques semaines, MTCS Alexandra, fit une très belle planche sur les notions et donc les mots « devoir » et « récompense ». Faire son devoir nécessite-t-il une récompense ? Les débats qui suivirent nous amenèrent forcément à parler du livre de Job. Je rappelle rapidement l’histoire de ce passage de la Bible.
Près de Dieu, un ange déchu, Satan, a remarqué en bas, Job, un homme fidèle et croyant qui vénère Dieu sans réserve. Mais voilà, cet homme est riche, il a une belle et grande famille, la vie lui sourit en tout. La question que l’on peut donc forcément se poser est : Et si la foi de Job n’était liée qu’à son propre intérêt ? Qu’à sa richesse, qu’à sa vie bonne ? Satan suggère alors à Dieu une épreuve terrible : « Ôtons à Job, successivement ses richesses, ses êtres chers, puis sa santé même, atteignons enfin sa chair ». Job maintiendra-t-il sa foi en Dieu ? Dans un premier temps, Satan ôte sa richesse à Job. Job reste fidèle à Dieu. Puis Satan ôte à Job ses êtres chers, qu’il fait disparaître brutalement. Job reste fidèle à Dieu. Job va subir toutes les épreuves, des souffrances croissantes, portant atteinte jusqu’à sa conscience même. Mais cela s’achèvera par l’affirmation d’une foi inconditionnelle. La Foi en Dieu.
Nous pouvons analyser cette
histoire en s’arrêtant sur certains mots qui
semblent être vecteurs d’idées fortes.
La Foi de Job. Le devoir, la récompense ou la
rétribution, la méchanceté de Dieu.
Mais si nous nous bornons à cela, ne passons-nous pas
à côté de l’idée
majeure ? La parole de
sagesse de Job qui pourrait être en fait la parole
d’un stoïcien : « Nous avons
accepté le bien, pourquoi refuser le mal ? Il ne
dépend pas de nous que la fortune nous sourie plus ou moins.
Il dépend de nous de ne pas maudire Dieu ou de ne pas
maudire la vie ».
À ce stade de la réflexion, j’ai envie de faire une diversion. Cela dit, n’y-a-t-il pas de meilleures façons pour montrer une chose que de développer un exemple pratique ? Et comme nous venons de parler de Dieu, Dieu renvoie à l’Univers.
Alors si nous comparions les mots aux atomes et les idées à l’univers. Car en fait, il n’est pas complètement stupide de dire que l’univers est composé d’atomes, eux-mêmes composées d’électrons, de quarks, etc. au même titre qu’une idée est composée de mots, eux-mêmes composés de lettres.
Donc, si nous parlons d’atomes et d’univers, nous nous devons d’aborder la physique. Mais d’ailleurs, n’est-ce pas la meilleure voie aujourd’hui, au contraire de ce que pensait Kant en 1787, pour tenter de répondre aux 3 questions ; Dieu, l’âme et la liberté. La science a beaucoup évolué depuis le XVIIIème siècle et la philosophie à l’inverse, n’est-elle pas en train de mourir peu à peu, incapable justement de fournir des réponses à ces 3 mots.
Au début du siècle dernier, un physicien travaillant à l’office des brevets de Berne, publie en 1905, des articles concernant la relativité restreinte, l’hypothèse des quantas puis en 1916, sa théorie sur la gravitation, sous le nom de relativité générale. Cet homme s’appelle Albert Einstein. Il est déjà amusant de noter que son nom est l’anagramme de « rien n’est établi ». Pour autant, ces articles vont révolutionner les connaissances en physique et notamment les notions de gravitation et de masse, jusqu’alors organisées sur les théories de Newton. Pourtant, bien que les travaux d’Einstein apportèrent des réponses à de nombreux mystères, les évolutions et les nouvelles avancées, notamment au travers de la physique quantique, c’est-à-dire la physique qui étudie les particules, ont apportés de nouvelles questions. Notamment concernant le problème de la gravitation, de l’attraction et de la masse car ce qui s’avère exacte pour les grands ensembles ne l’est pas pour les particules.
La dernière théorie à ce sujet, primée d’ailleurs par le prix Nobel de physique cette année, concerne le boson de Higgs. L’existence de cette particule élémentaire a été en fait postulée par trois physiciens ; Brout, Englert et Higgs. Le 4 juillet 2012, le CERN annonça, lors d’une conférence, avoir identifié, avec un degré de confiance de presque 100%, un nouveau boson dans un domaine de masse qui paraissait compatible avec celui du boson de Higgs. Le 15 mars 2013, le CERN confirma que, selon toute vraisemblance, il s’agissait bien du boson de Higgs.
Le boson de Higgs est une particule élémentaire dont l’existence permettrait d’expliquer l’origine de la masse de toutes les particules de l’Univers, y compris la sienne. Il est en quelque sorte la clef de voûte de l’Univers selon la théorie dite du « Modèle standard ».
En clair, elle explique la chose suivante : les équations de physique aujourd’hui aboutissent à la pensée que les particules n’ont en fait pas de masse qui les caractérise. C’est en fait le champ de Higgs qui fonctionnerait un peu comme un champ gravitationnel. À l’intérieur, des bosons de Higgs sur lesquels les particules viendraient se cogner, les ralentiraient et leur donneraient l’apparence qu’ils ont une masse. Pour faire une comparaison, on peut imaginer un homme qui se déplace. S’il court sur un chemin, seul, il va peut-être se déplacer à 10 kilomètres/heure. C’est ça vitesse, celle qui le caractérise. Comme celle d’une particule sans masse, comme le photon, qui se déplace à la vitesse de la lumière. Maintenant, s’il tente de traverser en courant une foule, il va heurter des gens et cela va ralentir sa course. Pour un observateur extérieur, il pensera qu’il est beaucoup plus massif dans la foule. Le champ de Higgs, c’est en fait la foule et les bosons, les personnes qu’il va heurter.
Le problème étant qu’à l’origine du monde, tout n’était qu’énergie et rayonnement, la matière n’existait pas. Les particules, les fermions en l’occurrence, auraient donc traversé un champ de Higgs, qui les auraient suffisamment ralentis pour leur permettre d’acquérir une masse et ainsi créer de la matière. Un millième de milliardième de seconde après le Big Bang, l’univers commença son expansion et une partie de ce qui n’était qu’énergie devint matière.
La responsable : cette particule découverte dans un accélérateur de particules. L’anagramme d’accélérateur de particules donne « éclipsera l’éclat du créateur ». Il prend tout son sens.
Mais n’est-ce pas ça tout le problème ? Ne sommes nous pas en fait en train de nous focaliser sur le mot plutôt que sur l’idée ? N’étudions nous pas les choses d’un point de vue réductionniste ? Devons-nous apprécier un poème de Victor Hugo en analysant chaque mot, chaque virgule ? Devons-nous écouter le Requiem de Mozart en écoutant chaque note, chaque silence ? Devons-nous comprendre l’Univers au travers du boson de Higgs ? Et si nous faisons cela, ne passons-nous pas à côté de quelque chose ? Pourquoi l’analyse des atomes serait-elle une façon satisfaisante d’étudier l’Univers ? N’existe-t-il pas un message au-delà des atomes ? A force d’essayer d’expliquer le comment plutôt que le pourquoi, ne passons nous pas à côté de la beauté de l’oeuvre, de l’âme de son créateur, de l’idée de l’Univers ? Quelle est sa fonction ? Pourquoi est-il là ? Dieu a-t-il créé l’Univers ou est-ce que l’Univers est une partie de Dieu ? L’Univers est-il éternel ou a-t-il un début et une fin ? Un Alpha et un Oméga ?
En s’appuyant sur les textes de la Bible, l’église a toujours soutenu l’idée d’un commencement et d’une fin. D’une genèse et d’une Apocalypse. C’est la science qui a, à un moment donné, considéré que l’hypothèse d’un univers éternel était la plus probable. Les travaux au XIXème de Rudolf Julius Emmanuel Clausius qui développa le concept d’entropie, aboutirent à la démonstration que l’Univers vieillissait et qu’il avait donc été jeune. Qu’il y avait donc eu une naissance, le Big Bang, et qu’il y aurait une fin, selon les théories un Big Crunch, une sorte de Big Bang à l’envers, ou plus vraisemblablement, un Big Freeze, une grande glaciation. L’univers deviendrait un immense cimetière galactique glacé.
De ces mots, nous en revenons inévitablement à d’autres mots et si ce n’est à des idées, tout du moins à des questions car la naissance, renvoie à la Création et la Création renvoie au Créateur. Qu’y avait-il avant ? Mais il n’y a pas d’avant. Se demander ce qu’il y avait avant le Big Bang, c’est comme se demander ce qu’il y a au nord du pôle nord.
Nous voyons que Kant avait raison, la science n’explique pas tout. Ni les mots, ni les idées.
Le Big Bang a eu lieu il y a environ 14 milliards d’années. Un millième de milliardième de seconde après, l’univers commença son expansion et une partie de ce qui n’était qu’énergie devint matière. Le premier théorème de thermodynamique formulé par Clausius dont on vient de parler, affirme que l’énergie de l’univers est une éternelle constante, ne pouvant jamais être créée ni détruite mais seulement transformée « rien ne se perd, tout se transforme ». Bien qu’il se soit aperçu par la suite qu’une partie se perdait, le concept même d’entropie, toute la matière constituant l’univers existe depuis le départ. Donc nous sommes constitués d’atomes qui existaient il y a 14 milliards d’années. Donc notre âme car elle est forcément constituée d’atomes, est quelque part immortelle.
Par ailleurs, en physique, nous savons, selon le principe de causalité, qui dit que les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets, que la matière est déterminée. Même si la théorie du chaos ou le principe d’incertitude d’Heisenberg, qui semblait impliquer que l’Univers obéit au libre jeu du hasard et de la nécessité, allait dans un sens opposé, aujourd’hui, l’idée majeure reste que l’Univers obéit à des règles déterminées mais non prévisibles. Indéterminable et non indéterministe. Nous pourrions donc aisément penser que l’homme en tant qu’élément de l’Univers et constitué de matière agit donc de façon déterminée mais non prévisible. Les théories de la relativité vont d’ailleurs dans ce sens. Pour elles, il n’y a pas de temps unique global. Le cours du temps dépend de la position et de la vitesse de l’observateur. Ce qui est présent pour l’un est futur pour un autre et passé pour un troisième. Comme le disait Laplace, le futur, tout comme le passé, se trouve déjà déterminé. Adieu donc l’idée de liberté et de libre-arbitre.
Qu’en pensez-vous ? Ces démonstrations sont elles valable ? Dieu, la liberté, l’immortalité sont-ils que des mots car nous ne pourrons jamais obtenir une preuve finale de leur existence ?
Au début du XXème siècle, un mathématicien du nom de Gödel, formula les théorèmes de l’incomplétude en démontrant qu’il y a dans tout système logique, des affirmations qui sont vraies mais que l’on ne peut pas prouver. Il y a des vérités indémontrables. L’intuition humaine n’est pas formalisable. Alors, ces trois mots ne sont-ils pas des affirmations vraies mais indémontrables.
Au début de ma planche, je disais que la réflexion, qu’elle soit scientifique ou philosophique, est un dialogue entre l’homme et la nature. Tout l’art réside dans la manière de formuler les questions et dans l’analyse des réponses que la nature nous renvoie. Mais ce n’est pas à la portée de tout le monde d’interroger la nature et de comprendre ce qu’elle dit. Il faut de l’entraînement. Un esprit aiguisé et même initié.
Je finirai donc mon exposé en évoquant l’argument émis par William Paley au XIXème siècle. Imaginez qu’en entrant ici, je tombe sur une fleur posée sur le sol. Je me demanderais comment cette fleur est-elle arrivée là ? Et peut-être me dirais-je que la fleur est une chose naturelle et je n’y penserais plus. Maintenant, imaginons qu’à la place d’une fleur, je tombe sur une montre. Ma réponse sera-t-elle la même ? Certainement pas. Après avoir examiné le mécanisme compliqué, je dirais qu’il s’agit d’une chose fabriquée par un être intelligent visant un objectif spécifique. Pourquoi ne puis-je donner à l’existence de la fleur la même réponse que j’accorde à celle de la montre ? Bien sûr. Comment comparez la complexité d’une montre avec la complexité d’une fleur ? Quel est le mot, quelle est l’idée ?
Albert Einstein disait : « Es ist absolut möglich, dass jenseits der Wahrnehmung unserer Sinne ungeahnte Welten verborgen sind » « Il est absolument possible qu’au-delà ce que perçoivent nos sens se cachent des mondes insoupçonnés ».
Trois fois Puissant Maître, mes T T C C F F et S S
J’ai dit.