Le Mythe d’Hiram
C∴ R∴
Ce sujet sera composé de trois parties.
Tout d’abord, nous verrons ce qu’est un Mythe :
La mythologie médiatise notre rapport à la nature, nous introduit dans un monde culturel qui fait sens et permet ainsi notre adaptation à la vie.
On ne connaît pas de société humaine sans mythe.
Ceux qui sont Cartésiens diront qu’un mythe « c’est un conte tout juste bon à être raconté aux enfants ».
D’autres diront « c’est la survivance d’une mentalité primitive encore prélogique » et
d’autres encore, diront que c’est « le récit d’événements historiques ».
En fait, devant l’universalité du fait mythique, les mythes sont actuellement considérés
comme une matrice culturelle, c’est à dire l’expression codée, sous formes de récits, de l’armature culturelle et sociale d’un groupe humain. Ils fonctionnent de manière typiquement symbolique : les membres d’un groupe s’y reconnaissent, s’y retrouvent, le plus souvent sans être capables de dire pourquoi.
Un mythe est donc, une façon de penser, d’être, de sentir, qui plonge au plus profond de l’émotion humaine et qui prend appui sur des symboles primaires. C’est aussi un système de valeurs, sur lequel est fondé l’identité d’une communauté, d’un ordre ou d’une nation.
Il parle de choses essentielles qui touchent aux vérités les plus profondes de l’existence, il exprime ce qui est à la fois au-delà et en-deça du langage philosophique.
Le mythe constitue un type de langage particulier, langage pleinement logique mais qui est approprié à une « logique de l’ambigu », comme le dit Vernant, et qui fait écho à l’ambiguïté fondamentale de l’existence humaine. Il ne contient pas de principe de contradiction, on y admet une chose et son contraire, tout y est possible.
Le mythe fait advenir le récit par sa vérité humaine. Son intrigue comporte des épisodes, une succession logique temporelle, et de ce fait, on comprend mieux la totalité de l’histoire à partir de sa fin. Il fait appel à des images concrètes plus qu’à des notions abstraites, se servant de la métaphore, voie royale, pour porter au langage l’expérience humaine : Vie, mort, amour.
En fait le mythe, tout comme la philosophie, mais par le biais de méthodes différentes, tente d’apporter des réponses aux questions essentielles. D’où venons-nous ? Où allons- nous ?
Dans le discours mythique, l’homme ne vise rien, il écoute et se laisse investir par le récit, qui ouvre le temps et signifie le présent historique.
Les MYTHES ont donc un triple but :
– Cosmologique : explication de la création, par exemple.
– Temporel : une histoire exemplaire traverse nos propres histoires.
– Existentiel : il s’agit de donner une interprétation narrative de l’énigme de l’existence.
Venons-en, maintenant au Mythe de notre MAÎTRE HIRAM. Ce mythe semble avoir été introduit dans les Rituels Maçonniques au 18èmesiècle:
QUE VEUT-IL NOUSENSEIGNER ?
Explication de la création, ai-je dit : En effet dès que l’homme s’est redressé, s’est verticalisé, il a pu regarder dans les six directions de l’espace. On retrouve, là,les différents états de la matière et du vivant.
Il y a :
–Le Minéral : le fer et le forgeron Tubal Caïn, c’est à dire qu’au minéral qui tombe du ciel, ou qui se trouve dans les entrailles de la terre, est associé l’urgie, le métallurgiste, celui qui transforme, et qui pour cela doit connaître les secrets, ce qui nécessite forcément, une initiation.
–Le Végétal : l’acacia, arbre aux propriétés particulières, notamment de par sonimputrescibilité, sa longévité, sa verdeur permanente, sa possible transplantationpar simple fixation d’une branche en terre, d’où sa quasi immortalité.
–L’Homme : Hiram, les ouvriers, les Compagnons, les bons et les mauvais.
–L’Esprit qui sublime la nature : Hiram ne construit pas n’importe quoi, mais le Temple par excellence, celui du roi Salomon.
Son nom est associé à celui du roi comme si l’un n’allait pas sans l’autre. L’un rend possible la gloire de l’autre et ils sont tous les deux nécessaire pour la construction du Temple.
–L’un, Salomon, homme roi, dont le nom veut dire paix et dont le sceau représente deux triangles inversés conjoignant le ciel et la terre.
–L’autre, Hiram, ne serait-il pas l’initié sans lequel rien n’est possible.
En phénicien HI = frère, RAM = élevé ou vivant, donc Hiram, signifie frère vivant. N’est-ce pas dire l’initié ?
Pourquoi cette Hypothèse ?
En effet, dans la Bible le nom d’Hiramest retrouvé comme :
1 – Roi de Tyr (ville phénicienne). Maître dans l’Art Royal. Architecte, c’est dire qu’il connaît et trace les plans.
2 –Maître Artisan, fils d’une veuve. Savant dans le travail des métaux, orfèvre, forgeron etc.… Donc dans la filiation directe de Tubal-Caîn.
3 – Chef Hiram, abi maître des corvées.
Autrement dit, le même nom – Hiram – pour trois fonctions : concevoir, diriger, exécuter, mises au service du roi Salomon, pour travailler à la gloire du G.A.D.L’U.
Passons à l’Explication Cosmique : Qui est-il ?
Fils d’une veuve de la tribu de Nephtali.
Il meurt le soir, à la chute du jour :
Il allait, sa journée terminée, se retirer par la porte du midi, (le sud) endroit de pleine lumière, but idéal de notre recherche, mais on ne l’atteint pas facilement.
Là, il reçoit le premier coup et tombera mort au troisième coup, face à la porte orientale.
« Tête à l’occident, pied à l’orient »
Hiram, comme le soleil dans sa course nocturne disparaît et semble ne jamais devoir revenir. Il est retourné dans le ventre humide de la terre, matrice universelle, conjonction de l’humide et du sec. Il va subir le même cycle que l’œuvre alchimique.
Putréfaction, résurrection, purification, transformation, sublimation et fixation.
Pour qu’il réapparaisse, il faut le rechercher tel que le fit Isis partie à la recherche de son frère amant Osiris en faisant, elle aussi, nécessairement le trajet occident orient, tout comme le fait notre frère 2èmeSurveillant et qui revient en faisant le signe d’horreur !
« Ah Seigneur, mon Dieu ». Qu’a-t-il vu ?
Il faut encore Une Isis : notre Vénérable Maître, qui recompose le corps en morceaux et dont chaque partie deviendra symbole de renaissance.
Hiram est lui aussi découpé et subit la putréfaction : « la chair quitte les os, tout se désunit », afin que chacun renaisse à partir de lui, mais pas de n’importe quelle manière, par les cinq points de la Maîtrise.
CONCLUSION.
Le Mythe d’Hiram est une histoire exemplaire qui traverse nos propres histoires.
Nous sommes tous Hiram, c’est à dire que nous pouvons tous, comme lui devenir Architecte de notre vie et participer à la construction du temple, mais pour cela attention, il ne faut pas faillir car les trois mauvais Compagnons nous guettent, attendant l’instant propice, le soir où toutes les lâchetés sont plus faciles, dans l’anonymat de la nuit et dans la solitude.
L’un, avec une règle, signe de la rectitude, mère de tous les outils, frappe à droite, c’est à dire pendant l’action, affaiblissantainsi la volonté et le courage.
Le second, frappe à gauche, côté du cœur, de la sensibilité, de l’imagination et enfin le dernier frappe au front, c’est à dire à la tête.
Ainsi, comprend on que l’on meurt, quand on trahit ses idées, ses idéaux, que l’on perd en renonçant à l’effort, en privilégiant nos ambitions futiles, nos petites vanités et notre incommensurable orgueil.
Mais nous dit-on, rien n’est perdu, d’autres Compagnons, les bons cette fois, mais sans doute ils co-exitent avec les autres, vont nous permettre de revivre à travers le démembrement d’Hiram, pour que l’œuvre perdure et que la joie vienne régner dans tous les cœurs, dans la quintessence enfin retrouvée.
C’est librement que nous cherchons Hiram et que nous voulons renaître en lui après que nous soyons devenus « Etoile Flamboyante » et compris que seul notre Ego, tue le Maître caché en nous.
En fait, ne fallait-il pas la mort d’Hiram, pour que tout prenne sens ? Jusqu’à son meurtre, tout était dans l’ordre, le travail progressait normalement et hiérarchiquement.
La mort fait apparaître le manque. Or, ce n’est que par lui, que peut naître le désir, source de toute dynamique humaine. La disparition d’Hiram, introduit la cassure, rien ne peut plus être comme avant. Le principe de causalité est rompu, tout retourne à la matériaprima, mais aussi tout redevient riche de potentialités.Tout est à recommencer.
La mort donne sens à la vie, et à ce titre, elle est initiatique.
D’autre par, Hiram est situé historiquement, nous ne sommes plus dans le temps circulaire de l’éternel retour.
S’ily a eu un commencement, il y aura une fin. L’histoire n’est pas écrite d’avance, elle est à faire. Nous devenons responsables de nos actes. A nous de choisir entre le bien et le mal s’ils sont en nous.
Voilà,le mythe nous dit où cela nous mènera.
Par le Rituel nous actualisons le mythe fondateur des origines. Grâce à lui, persiste la mémoire vive, différente du souvenir qui gomme ce qui gêne, et l’on peut dire qu’avec le Mythe d’Hiram, la tradition habite le présent et lui donne un sens pour l’avenir.
J’ai dit.