Le silence du Maître Secret

Auteur:

D∴ V∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Le silence du M Secret

Tout ou presque tout dans ce grade nous ramène au silence. Dans le rituel on peut lire :

Quel est le signe de ce grade ?

Le Récipiendaire répond : – Le signe du silence et du Secret.

Pendant la cérémonie d’initiation avec le sceau du secret on scelle les lèvres du néophyte.

Le secret au 4e donne son nom au grade dont il est l’élément principal.

Son signe nous empêche physiquement de parler, on ne peut parler avec deux doigts sur la bouche, alors que jusque-là, notre silence, gardien du secret, n’était que symbolique.

Pour Irène Mainguy, les deux notions du silence et du secret, sont intimement liées et semblent constituer deux facettes d’une même réalité. Jean-Pierre Bayard dans son livre : « Le symbolisme maçonnique traditionnel » ajoute le lien qui uni secret et sacré.

Tout ceci reflète pour moi une expérience intime et personnelle. Car chacun vit et entend son silence différemment dans le secret, dans son espace sacré. Je dis entendre, car parfois les silences sont assourdissants et douloureux, selon notre état d’intériorité. C’est à nous de travailler pour garder dans nos cœurs le secret initiatique et ramener notre propre silence à un état d’ouverture.

La différence du silence au 4ème, est que maintenant, nous nous imposons le silence qui devient l’espace médiateur d’une voix intérieure que seul notre cœur sait entendre et reconnaître. En tant que démarche volontaire du M S, il prouve la maîtrise du verbe par une retenue significative. Il assume consciemment ce qu’il a appris, et ce qui lui reste à entendre.

Ainsi, debout, le M S s’exprime sans mise à l’ordre extérieure, si ce n’est par le signe du secret au début et à la fin de ses interventions ; ce signe est comme l’alpha et l’oméga de sa prise de parole, comme pour ponctuer le : « J’ai dit » habituellement employé dans les grades précédents. Sa mise à l’ordre étant intérieure il n’a plus besoin de la manifester constamment par un signe extérieur.

Le silence est la confirmation d’un laborieux cheminement intérieur qui a progressivement gagné en acuité. Il permet ainsi d’aller au bout de ses idées pour essayer de se faire une opinion plus juste et plus sage.

Je pense que Le M S doit interroger les idées qui émanent de lui comme celles qu’il reçoit pour savoir s’il doit ou non les prendre en compte. Car chaque mot, chaque idée manifestent un engagement. À chacun de choisir ses engagements et sa quête. Béresniak d’ailleurs écrit que le secret est la méthode de la quête. Et que ce secret possédé et partagé avec certains n’a de valeur que s’il est disponible et transmissible. Pour le moment il est secret pour certains M, mais avec du travail et de la persévérance, ils le posséderont un jour.

Le silence revêt un caractère sacré.

Dans le livre des morts des Anciens Egyptiens le rituel d’ouverture de la bouche communique au défunt la puissance de la Parole qui est en fait une clé : « Accorde à ma bouche les pouvoirs de la Parole afin qu’à l’heure où régnera la Nuit et les Ténèbres, je puisse diriger mon cœur ».

On y retrouve son éloge dans La flûte enchantée de Mozart qui souligne l’importance de savoir se préserver par le silence, de ne pas gaspiller la parole comme le fait Papageno qui se perd dans le bruit. À l’inverse, le prince Tamino fait preuve d’obéissance dans l’épreuve du silence, selon un proverbe : « Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas ».

Nous pouvons constater que nous sommes encore dans la Parole perdue et j’en perds ma voix. Je vous laisserai décider de quelle voi (x) (e) il s’agit !

La Parole, privée de sens, devient Parole perdue. Le silence, privé de sens, est aussi une parole perdue.

Nous devrions donc veiller à préserver notre parole des contre-vérités dissimulées dans les mots que nous pourrions utiliser à contre-emploi dans le flot de nos paroles, pour ne laisser passer, ne desceller (dé-sceller) que les mots justes. Évidemment c’est un exercice quelque peu ardu.

Pour finir, j’ai lu dans « L’Actualité » que Nicholas Nauman, chef cuisinier, organise depuis septembre des soupers silencieux inspirés par les petits déjeuners silencieux qu’il a connus dans un monastère bouddhiste en Inde.

Je cite : « À une époque où l’ambiance sonore des restos branchés rivalise avec les décibels d’un marteau-piqueur, ce quatre services méditatif a comme objectif d’éliminer les distractions pour revenir à l’essentiel  : l’acte de manger. Alors que la musique et les discussions gomment le cliquetis des ustensiles, les quintes de toux et la déglutition, les convives sont ici à vif ».

L’essentiel pour nous dans cette puissance du silence, n’est pas un rejet de la parole, bien au contraire, elle lui confère une qualité d’écoute, de disponibilité et de réceptivité accrue, dépouillée de toute sorte de parasites extérieurs indésirables.

Alfred de Vigny disait : « La condition souveraine du savoir est le silence car seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse ».

Alors maintenant je me tais pour vous laisser parler.

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter