Ad libitum

Auteur:

S∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

« Ad Libitum ». Telle est le thème de la planche sur laquelle j’ai été invité à réfléchir. A sa lecture, j’avoue être resté un bon moment dubitatif.

Jeune M S, j’avais tout à découvrir, et cette expression « Ad libitum », jamais entendu en Mac ne me disait rien. Musicien, modeste, je ne connaissais, dans cet art, que « Ad lib » inscrit sur certaines partitions classiques ou codas de chansons, et signifiant « à volonté ». L’interprète est libre de répéter en boucle le passage en question autant de fois qu’il le désire.

En creusant un peu la question, je comprends que « Ad Libitum » ou « à volonté », signifie plus largement « à la volonté de », « au choix », et pourquoi pas « pour l’éternité ».

Mais, de quel choix s’agit-il ?

Fort heureusement, notre T F P M m’a légèrement orienté, et j’ai pu découvrir notre rituel du 4e Deg au REAA et notamment le rituel d’ouverture, lequel nous donne le choix, « Ad libitum », à l’instant de l’ouverture des travaux, à l’instant du signe et de la batterie, entre une connotation religieuse et une connotation laïque et Mac : « Au nom et à la gloire du G.A.D.L.U. », « Au nom et à la gloire de la F M universelle », notre Atelier ayant opté pour la seconde.

Bon, mais pourquoi ce choix entre les deux formulations. Il convient en premier lieu de se pencher sur l’histoire du REAA, que tout le monde connait, mais ce n’est pas grave. Cela devrait nous fournir une explication. Dans un second temps, j’aimerais tenter de découvrir qui est ce Gadlu que certains F M glorifient et que d’autres rejettent. Enfin, je m’interrogerai sur la F M universelle, et, d’abord, l’est-elle autant que cela ?

Je conclurai par mon avis personnel qui vous permettra de savoir si je me sens en harmonie avec le choix de notre Atelier.

Un peu d’histoire du REAA pour expliquer « Ad libitum »

Comme son nom ne l’indique pas, le REAA n’est ni écossais, ni ancien. Il fut fondé à Charleston (USA) en 1801 et revint par la suite en France où il s’est beaucoup développé, avant d’y devenir, comme dans le reste du monde, le rituel le plus fréquemment pratiqué en Mac.

Détenteur de la lettre patente délivrée par le Suprême Conseil de Charleston, le Compte de Grasse Tilly rentre en France en 1804 avec l’autorité pour créer d’autres Suprêmes Conseils, ce qu’il fera en France, puis en Italie, Espagne et même en Inde.

A cette époque, la spiritualité est essentiellement religieuse et les membres des LL sont, dans leur très grosse majorité, catholiques ou protestants, croyant en un Dieu créateur et à l’immortalité de l’âme, principes qui figuraient alors dans les rituels. Ceci va durer près de 75 ans avec des hauts et des bas, avec une entente entre le Grand Orient et le Suprême Conseil, dans la douleur, jusqu’au Convent qui restera fondateur, réunissant tous les Suprêmes Conseils du REAA à Lausanne en 1875.

C’est à l’issue de ce Convent, que fut introduit dans le rituel la notion de G A D L U en lieu et place du nom de « Dieu ». Cette formulation ne se rattachait plus obligatoirement à une foi en un Dieu créateur et transcendant.

Cette décision provoque deux sortes de réactions antagonistes : De la part des anglo-saxons : un rejet total de la notion de GADLU, proclamant celle de Dieu et l’immortalité de l’âme. Un courant laïc, qui, au nom de la liberté de conscience, radicalise sa position en demandant la suppression de l’invocation « GADLU » et/ou pour le moins, son éventuelle connotation déïfiante (suppression déjà décidée en 1872 par le Grand Orient de Belgique).

L’ultime réforme interviendra lors du Convent du Grand Orient de 1877 au cours duquel fut décidé la suppression pour ses membres de l’obligation de croire en dieu et en l’immortalité de l’âme et la suppression pour les LL de travailler à la gloire du GADLU. Les attendus de cette réforme figurent dans le discours du Pasteur DESMONS, qui devait d’ailleurs en suite quitter la religion.

En théorie, toutefois, chaque loge restait libre de continuer ou pas à pratiquer cet ancien principe de la Maç, d’où l’introduction dans le rituel de la formule « ad libitum ».

Mais alors, le GADLU, c’est quoi ?

Personnellement, j’exclus d’emblée que les F M, qui se réfèrent au GADLU, puissent voir, comme nos prédécesseurs d’une partie du 19ème siècle, un dieu révélé, à la fois le père, le fils et le saint esprit.

Cela relèverait :

-d’une forme de créationnisme contraire à la raison et à la science, ouvrant la porte à un traditionalisme extrémiste, quelque soit la religion, avec négation de l’évolution des espèces. Exit DARWIN.
-d’un certain masochisme, dans la mesure où il parait assez antagoniste de se référer à ce dieu transcendant et d’être dans le même temps F M excommunié il n’y a pas si longtemps, et, aujourd’hui, en état de péché grave. Il faudrait m’expliquer comment concilier les deux.
-d’un certain dogmatisme contraire à la F M, personne ne pouvant nier le dogmatisme de toute religion, hormis peut-être le bouddhisme, mais est-ce une religion ?

De plus, quel Dieu : Dieu le père, Allah, Yahvé, Zeus, Wotan et pourquoi pas Manitou.

A moins qu’il ne s’agisse de l’Agnostos Théos des Grecs, celui qu’on ne voit pas, dont on ne sait pas qui il est, ni même s’il existe. Divinité inconnue ou de son choix. On rejoint l’agnosticisme consistant ni à croire, ni à ne pas croire, mais à payer pour voir en quelque sorte.

Le Gadlu ne représente t’il pas les lois qui régissent l’Univers, la nature, la construction de la nature et son évolution, mesurable scientifiquement et sans lien avec un quelconque Dieu. La nature obéit à des lois physiques, physiologiques, organiques et le nombre d’or y est présent pour beaucoup.

En F M, pour la parfaite construction de notre Temple, nous utilisons des outils, des lois, des règles symboliques, mais toujours en correspondance avec les mêmes lois qui régissent la nature et l’Univers. Est-ce à dire que lesdites lois et la science sont divines ?

Non ! Si Gadlu il y a, c’est moi, c’est vous mes FF MM SS, tous issus de la nature. Ce sont nous les pierres brutes que nous nous efforçons de tailler pour construire le Temple représentatif de l’Univers, pour construire notre Temple intérieur.

Le Pape Clément XII ne s’y était pas trompé en nous excommuniant en 1738. Il écrit alors que « les F M affirment croire au Gadlu, mais ne précisent pas que ce dernier est l’unique architecte, puisqu’au contraire, ils disent qu’eux-mêmes ajoutent les pierres pour parfaire le Grand Œuvre, se considérant comme étant des architectes semblables à Dieu ».

Nous, F M, voulons bâtir un Temple idéal et adogmatique, où l’homme est au centre du cercle. La F M n’a-t-elle pas pour but le perfectionnement de l’homme, par la liberté, l’égalité, la fraternité. La Lumière est en chacun de nous, l’étoile flamboyante est en chacun de nous. En ce sens, le F M et espérons le, l’homme aussi, est transcendant. Il est appelé à se dépasser, s’élever, perfectionner ce qu’il est déjà par essence.

La transcendance invite l’homme à chercher « l’inaccessible étoile » de Brel. « Aie le courage de te servir de ton propre entendement » disait Kant. Kant à nouveau : « Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable ».

L’un des premiers athéistes susceptible d’ébranler les bases judéo-chrétiennes selon Michel ONFRAY, fut NIETZCHE, avec notamment sa théorie du surhomme. « Voici, je vous enseigne le surhomme. Le surhomme est le sens de la terre. Que votre volonté dise : que le surhomme soit le sens de la terre ».

Nous sommes tous des GADLU.

Et La F M universelle

Dès lors que, dans un rituel maçonnique, on puisse inscrire l’expression « Ad libitum », ouvrant ainsi la porte à deux visions apparemment contraires de la F M, celle-ci peut-elle être universelle ?

Dès lors que la Grande Loge Unie d’Angleterre ne reconnait aucune autre obédience, en France, que la GLNF, et que nous ne puissions nous visiter réciproquement, peut-on dire que la F M soit universelle ?

Dès lors qu’il existe des obédiences féminines, masculines et mixtes, et que les deux premières refusent toute idée de mixité, voir même la simple visite de l’autre sexe dans les Ateliers, peut-on parler d’universalité ?

Dès lors qu’encore de nos jours, dans le sud des Etats-Unis, il existe une Grande Loge, soit disant régulière, composée de F M de couleur blanche, et une Grande Loge de Prince Hall fréquentée quasi exclusivement par des FM de couleur noire, et que la première ne reconnaisse pas la seconde, où est la F M universelle ?

N’est pas la négation même de la raison d’être de la F M, la fraternité et la réunion de ce qui est épars.

En fait, l’universalisme de la F M n’est pas une question de forme, mais une question de fond, et la diversité apparente n’est que le résultat de son histoire mouvementée. Cette diversité dans la forme est ce qui permet une liberté effective. Si cette diversité n’existait pas, ne risquerions nous pas d’être les membres d’une secte. La porte s’ouvrirait à toutes les déviances.

Ce qui réunit la F M, ce sont ses sources historiques mythiques et symboliques au travers desquelles se dégage la notion d’universalisme. De par son essence et ses valeurs, la F M est universelle.

Cette notion d’universalité apparait à l’article 1er de la Constitution du GODF : Nous travaillons à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Nous avons également le devoir d’étendre à tous les membres de l’Humanité, les liens fraternels qui nous unissent sur toute la surface du globe. On retrouve sensiblement la même approche dans les textes des autres obédiences.

Cette universalité se retrouve dans le Temple. Le Temple est l’Univers. Sa sacralisation permet de réunir ce qui est épars, des hommes et/ou des femmes qui ne se seraient jamais rencontrés dans le monde profane, et qui ne deviennent plus qu’un, avec les mêmes valeurs, tendant tous vers le même but d’amélioration de l’Humanité.

Rappelons une réflexion de GANDHI : « Toutes mes actions ont leur source dans mon amour inaltérable pour l’humanité ».

Donc, universalité dans le lieu qu’est le Temple, l’Univers ; mais universalité également dans le temps, de par la chaîne d’Union qui nous réunit avec les FF qui nous ont précédés et ceux qui nous suivront. Et là, nous rejoignons le sens « d’éternité » dans l’expression « Ad libitum ».

Pour conclure, ainsi que je l’ai évoqué plus avant, peu importe la forme pourvu qu’on ait le fond. Alors que ce soit le Gadlu ou la F M universelle, peut importe également, dès lors que l’on ôte au Gadlu toute notion de divin, en ayant soin de remplacer la Bible par le livre blanc, et dès lors que le Gadlu devient le Surhomme de NIETZCHE, c’est-à-dire moi. Toutefois, la glorification de la F M est plus en phase avec nos valeurs, et sans risque d’arrière-pensée.

J’ai dit.

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