Reconnaissez-vous que le Devoir est la grande loi de la Franc-maçonnerie ?
Non communiqué
T F P Met vous tous mes F M secrets « Reconnaissez-vous que le Devoir est la grande loi de la franc-maçonnerie ? »
Au sens large, le devoir c’est toute obligation qui se manifeste à la conscience et à libre arbitre de chacun de nous. Le devoir se présente donc en premier lieu comme un ensemble d’impératifs positifs, ou d’interdits négatifs. Un devoir n’est pas une contrainte. C’est une obligation morale devant laquelle l’homme est libre, et qu’il lui est toujours matériellement possible d’ignorer.
En tant qu’être humain, être sociaux, mais aussi en tant qu’initiés, nous avons naturellement, ou avons contracté, de nombreux devoirs. Vis-à-vis d’autrui, vis-à-vis de nous-mêmes. Issus de la loi du pays où nous vivons, dictés par notre cœur, ou par les engagements contractés aux trois premiers degrés, il se constitue une hiérarchie de devoirs. Le devoir est multiple.
Mais tout ce que l’on pourrait qualifier de « devoirs naturels » est finalement quelque chose pourrait-on dire de simple, parce que, même si la forme concrète que prend nos engagements dépend in fine de chaque situation particulière, et de nos vertus personnelles de clairvoyance et de courage, le but à poursuivre, voire ce qu’il convient de faire ou ne pas faire, est bien prescrit.
Mais est-ce bien cela le Devoir, qu’est ce que faire son Devoir ?
Le Devoir dans la progression initiatique
« Reconnaissez-vous que le Devoir est la grande loi de la franc-maçonnerie ? ». C’est une phrase grave et engageante, et il faut bien le dire, quelque peu laconique, à laquelle il est demandé l’adhésion du nouveau maître secret. Elle n’impose pas, et en tout cas pas de devoir précis. Elle pose le devoir comme loi fondamentale de l’existence, mais sans préciser en quoi il consiste.
A travers la découverte du rituel du 4ème degré, nous percevons l’importance de cette notion de Devoir pour la suite de notre progression initiatique. Nous n’entrevoyons que la conscience de ce dernier est une phase essentielle de cette progression. C’est la conscience du Devoir que le chemin initiatique éveille en nous. La recherche du Maître, celle de la Parole perdue, se manifeste maintenant sous une forme nouvelle. Il s’agit de l’accès au Devoir essentiel, lié à l’essence même de notre Etre.
Le Devoir est ainsi sacralisé, érigé en Loi de la vie, Il devient l’œuvre d’une vie à remplir et développe une éthique de vie. Mais bien sûr, l’éthique, c’est à nous de la trouver.
Mais comment connaître ce qui est juste ?
Le devoir selon Kant
Le philosophe Kant nous a légué une réflexion très poussée sur la notion de devoir, en particulier au travers de son ouvrage « fondements de la métaphysique des mœurs ».
Pour Kant, le devoir est la nécessité d’accomplir une action par pur respect pour la loi morale. Il faut ainsi distinguer l’acte accompli par pur devoir de l’acte simplement conforme au devoir, qui peut être motivé par des intérêts particuliers étrangers à la moralité pure. Le devoir au sens kantien est ainsi un impératif catégorique, inconditionnel. « Je dois parce que je dois ». Il est placé au dessus de son propre intérêt, contre lequel il doit savoir naturellement aller.
Le devoir s’impose sans idée de réciprocité et n’a plus rien à voir avec l’idée de droit, mais avec celle de participation à une nouvelle sphère de conscience. L’humanité véritable finalement, c’est de se reconnaître dans la nécessité de réaliser son Devoir.
Cette idée de Devoir selon Kant nous rapproche de l’idée du Devoir « essentiel », qui est celui du maître secret.
Une recherche plus intérieure…
Dans le travail au 4ème degré, nous observons un changement par rapport aux degrés précédents. Ainsi, le nouveau maître secret peut remarquer la disparition des symboles des bâtisseurs, en particulier de l’équerre et du compas sur le Volume de la loi sacrée. Mais peut-être ces outils ne sont-il plus nécessaires puisqu’ils ont été intériorisés, intégrés en soi-même…
La disparition des repères classiques des loges bleues aide à la révélation du quatrième degré : c’est une expérience sensible qui fait appel à l’espace intérieur et ne nécessite plus autant d’éléments rituéliques.
Il y moins de formalisme, et nous passons à un autre plan de vécu. D’un espace sacré, le temple, nous sommes passés à un autre plan encore plus sacré, infiniment plus secret : nous même.
L’équerre et du compas ont été remplacés par la clé. La clé est une incitation à une recherche plus poussée encore qu’aux degrés précédents.
Mais une clé pour ouvrir quoi ? Pour accéder à la connaissance du Devoir ? Pour accéder à nous même ?
La clé nous invite à chercher dans cet espace sacré qui est nous même. Sans l’aide du compas et de l’équerre, c’est à dire sans le formalisme rigoureux des loges bleues. Sans l’aide de ces outils externes, mais avec nos propres outils qu’il nous faudra forger avec notre esprit. Nous sommes dans un monde complètement spirituel ; il n’y a plus de support matériel.
Comme il n’est jamais dit quel est notre devoir, c’est donc à nous de le trouver. Ceci peut suggérer que le Devoir est particulier à chacun de nous, et que c’est donc à nous de le trouver à l’intérieur de nous même.
Il y a la clé certes, mais il y a aussi le secret. L’objet de notre recherche n’a pas à être dévoilé. Cette recherche est pour nous-mêmes, et nous n’avons pas l’obligation de nous conformer à un modèle. Il faut donc accepter que, nous n’ayons donc plus de référence externe. Notre référence c’est nous même, notre Etre. Il convient donc de se conformer à soi même. Nous sommes notre propre juge.
Cette recherche semble être le devoir même du maçon maître secret, le devoir même qui le mènerait à advenir ce qu’il EST. D’atteindre un jour une capacité sans faille qu’il aura trouvée en lui, à faire ce qui est juste (juste au sens de justice comme de justesse).
Rien n’est donné par avance. La recherche de la parole perdue prend la forme d’une recherche en Soi au long d’un chemin, qui doit nous conduire à trouver la véritable Etre en nous-mêmes.
Peut-être le 4ième degré est-il donc aussi une invitation à être soit même, à se réaliser, à s’accepter, à s’écouter. Cela demande beaucoup de tolérance…y compris avec soi-même.
L’amour de l’autre
Au quatrième degré, le Volume de la Loi Sacrée est ouvert au livre des Rois (c’est à dire dans un livre de l’ancien testament), et non plus à l’évangile de Jean.
Une nouvelle loi laisse la place à l’ancienne loi, et la dépasse en quelque sorte. On passe de « tu aimeras ton prochain comme toi-même » à un rapport plus précis et plus fondamental à la Loi et au Devoir (décalogue et loi divine).
Aimer son prochain, c’est un mode de vie, un devoir plus qu’un but idéal à atteindre.
Tout se passe comme si advenir ce que l’on est n’était possible qu’en ayant intégré totalement l’amour de son prochain. C’est un pré requis indispensable au progrès de l’humanité, but ultime de la franc-maçonnerie (proclamé au convent de Lausanne).
La Vertu (du mot latin « virtus », qui signifie mérite essentiel, vertu) peut être définie comme la capacité de faire ce qui est juste en fonction de ce que l’on croit. La Vertu, c’est de croire suffisamment en soi pour devenir ce que l’on est.
Le devoir, devenir ce que l’on est, permet de produire du sens, de la cohérence. C’est aussi s’exprimer, et enrichir les autres. Mais comment produire du sens sans garde fou, sans délirer ? Et bien les gardes fous sont peut-être les autres, nos frères. Le devoir, c’est aussi de porter un jugement sur les idées des autres, c’est s’exprimer ; la production de sens c’est cela, la confrontation de nous même avec les autres.
En conclusion
« Reconnaissez-vous que le Devoir est la grande loi de la franc-maçonnerie ? »
Le Devoir est le sens même de notre recherche. Le rituel du 4ème degré ne le définit pas et c’est quelque chose de purement personnel à trouver en chacun de nous. Quelque chose qui relève du domaine du sacré, qui pousserait chacun de nous à son rythme et à sa manière à devenir non plus ce qu’il doit être mais ce qu’il EST.
Le Devoir c’est aussi la Loi spirituelle, la véritable nécessité qui régit la sphère de l’être. Aller dans le sens de son Devoir, ce n’est pas une contrainte, mais bien au contraire le plein exerce de sa liberté en tant qu’être, puisque nous ne sommes réellement libres qu’en transcendant notre ego et les nécessités matérielles.
La loi du Devoir, c’est ce qui doit permettre à l’initié de dépasser les limites étroites du temps et de l’espace. Le reconnaître, c’est l’intégrer en soi dans la poursuite de sa progression initiatique.
Trois fois puissant Maître, et vous tous mes frères maîtres secrets, j’ai dit.