Le Devoir au 4°
G∴ B∴
Intro
Que nous dit le rituel ?
Le grade de Maître Secret est le symbole d’une ascèse intérieure devant provoquer une évolution spirituelle menant à la compréhension élargie de la notion de Devoir.
Le quatrième voyage souligne que la nécessité de l’œuvre commune exige de chacun le sens du devoir et des responsabilités. L’appartenance à la Maçonnerie implique de multiples devoirs.
Le Devoir est la grande loi de la Maçonnerie, inéluctable comme la fatalité, exigeant comme la nécessité, impératif comme la destinée ?
Je me souviens de mon envie de rire quand pendant mon initiation j’entendis ces paroles concernant le devoir alors que j’avais déprécié cette notion, lui opposant celle de droits de l’homme le jour de ma première réception chez vous. Pourtant vous m’avez admis et le T F P M me dit :
« Mon F, vous étiez dans l’obscurité, nous vous rendons la Lumière. Vous cherchiez votre route, nous vous mettons sur le chemin du Devoir dont cette Lumière est l’emblème ». Il me restait à m’engager sur ce chemin et voici les premiers pas de cet itinéraire. Ma compréhension de cette notion était peut-être trop restreinte et il me fallait comme on me le conseillait élargir… Pour cela, me voilà de retour à mon exaltation à la Maîtrise.
Au grade de maître, Hiram nous est présenté come un idéal. Or le trait principal de ce héro mythique, c’est le sacrifice suprême par devoir. Le rituel nous explique : « Hiram représente l’homme juste, attaché à son devoir qu’il accomplit même au péril de sa vie. (…)L’attitude d’Hiram devant ses assassins montre que le maçon doit être prêt à tous les sacrifices plutôt que de commettre une lâcheté et de faillir à son devoir ». Bon ! On se calme ! L’exemple n’est peut-être pas à suivre à la lettre ; la F M a besoin de membres, que serait l’avenir d’un ordre qui verrait la mort prématurée, programmée de ses initiés ? Bien sûr, il y a l’exemple du Temple solaire et de manière plus générale, toute les diverses martyrologies. Moi, le martyr, ça ne me tente pas. Rencontrer la mort par accident en faisant par exemple mon devoir, ou à une autre occasion, d’ailleurs, OK ! Mais surtout l’éviter par tous les moyens. Regardons donc l’idée de la mort dans ce récit mythique comme une métaphore : Hiram, les trois mauvais compagnons et les trois maîtres sont les aspects différents d’une même personne : qu’est-ce-qui doit mourir en nous pour accomplir notre devoir et renaître meilleur ?
La réponse du rituel est un peu simpliste : « Les trois mauvais Compagnons représentent trois vices redoutables : l’ignorance, le fanatisme, l’hypocrisie. Les trois Maîtres (…) représentent les vertus opposées à ces trois vices : le travail incessant, la tolérance la plus large, la loyauté parfaite. Ils montrent, en même temps, l’efficacité de l’union de la persévérance et de la discipline librement consentie ».Comment ne pas être d’accord ? Il vaut mieux être riche et bien portant… Bons et moraux que vilains et immoraux… Et tout ceci demande approfondissement. D’accord, il faut être vertueux, mais est-il si facile de définir précisément notre devoir ?
Définition
« Le devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi ». Emmanuel Kant. Cette réponse et insuffisante : Cela déplace le problème sur la question de la loi de sa légitimité. Car la morale ne peut pas se réduire au respect d’une loi qui m’est extérieure si je ne la reconnais pas comme légitime. A moins que le philosophe ne parle comme il dit ailleurs de la loi morale au fond de mon cœur associée au ciel étoilé au-dessus de ma tête. Il s’agit alors d’une loi non pas extérieure mais trouvée au fond de moi, un assentiment à la fois affectif et rationnel qui m’est dicté par ma propre conscience réflexive. Voyons en détail ses différentes facettes de ce devoir.
Ce que je dois par nécessité
Il y a une forme simple de devoir qui est impliquée par des nécessités objectives (nécessité fait loi, dit le proverbe) par exemple nécessité de survie. Le devoir n’est plus alors un problème moral. Je dois faire attention en traversant la rue. C’est nécessaire pour ne pas mourir écrasé. De même le fait d’avoir à reconnaître que la somme des angles du triangle est égale à deux droits, que s’il y a un effet il y a une cause.
Le rituel nous parle de « nécessité de l’œuvre commune ». Cette nécessité n’est pas objective au départ, mais le devient car elle découle d’un engagement préalable, d’une obligation qu’on s’est donnée. Obligation c’est un mot familier au maçon.
Parmi les obligations, il y la dette que l’on a contractée et qu’il est nécessaire d’honorer : « je suis votre obligé » dis la langue classique. Devoir au sens de dettes ne se limite pas au domaine financier. Ni aux engagements que nous avons pris volontairement. Nous sommes obligés, (obligation ← latin ligare) lié aux autres et à des institutions. Il y a des devoirs imposés par l’arbitraire d’une autorité.
Ce sont des devoirs qui ne rentrent pas dans le cadre de la morale, puisqu’ils s’imposent à nous en dehors de notre libre-arbitre, comme le maître impose leurs devoirs aux écoliers. D’ailleurs ils sont présentés par l’autorité comme du registre de la nécessité du bien commun. En fait, pour prendre une formulation marxiste, ils reflètent les intérêts de la classe dominante et sont imposée en priorité et plus lourdement aux dominés. Donner son sang pour la patrie, payer l’impôt, se faire vacciner…la liste exhaustive de ces obligations serait difficile elles sont aussi nombreuses que les lois. Notons d’ailleurs que ces devoirs sont loin d’être moralement impératifs, et c’est même un sport national que de tenter d’y échapper sans ressentir de culpabilité ni ne subir le plus souvent le moindre opprobre moral. Pour la guerre, il y a les planqués, les objecteurs de conscience (que je ne confonds pas) ; pour l’impôt, il y a les niches fiscales et les conseils en défiscalisation et tous les moyens légaux pour les plus riches d’échapper à la règle commune. Pour les lois, il y a les cabinets d’avocats spécialisés dans chaque domaine pour les détourner. Pour conclure sur ce point, nous dirons que Jean-Jacques Rousseau n’avait pas lu Marx quand il écrivait, parlant du citoyen, dans le Contrat Social : « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ».
Le devoir comme contrainte
Cependant, en dehors de ces devoirs obligés, le devoir est souvent opposé à la liberté et à l’accomplissement des désirs personnels, car dans une perspective de morale normative (que la norme soit religieuse ou simplement sociale) le bien est associé à la contrainte, à l’exigence, voire à la douleur. C’est cette conception du devoir portant atteinte à la dignité de l’homme et à la liberté individuelle que je ne saurais accepter ; par ce qu’elle me paraît fondamentalement antihumaniste. Car, la liberté de penser n’est pas un droit, c’est un devoir. Les seules contraintes qu’un homme libre doit accepter sont celles que sa raison peut reconnaître comme valide. En effet après Freud, il est difficile de prendre comme Kant le fond de mon cœur pour argent comptant : au fond de mon cœur, il y a aussi la xénophobie. Durkheim lui aussi nous avertit : « quand notre conscience parle, c’est la société qui parle en nous ». C’est pourquoi il faut critiquer la morale établie. Le devoir d’un homme, dans une perspective humaniste, c’est d’être libéré des déterminismes dogmatiques. Le devoir moral, ne doit pas être respecté spontanément mais suppose de discerner, le vrai du faux la réalité de l’illusion pour distinguer le bien/du mal. « Ce qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, nous dit Diderot, c’est qu’il n’admet rien sans preuve, qu’il n’acquiesce point à des notions trompeuses et qu’il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux ». Le plus difficile donc n’est pas de faire son devoir par obéissance comme Abraham l’infanticide, mais c’est de savoir où il se place.
Le devoir est tellement associé à la contrainte que ce qui se fait par inclination naturelle ou par plaisir n’est pas ressenti comme un devoir. Par exemple nous de « devons » pas de l’amour à nos enfants, nous en avons tout simplement ; en revanche, nous leur devons l’éducation. De même on invoque la notion de devoir conjugal quand la sexualité n’est pas très spontanée. Pourtant on peut penser que le premier devoir d’un homme c’est d’être heureux comme nous l’explique Robert Louis Stevenson dans – Une apologie des oisifs. « Les plaisirs sont source de plus de bienfaits que les devoirs car, comme la faculté de compassion, ils ne sont pas contraints, et représentent donc une double bénédiction. Il faut être deux pour s’embrasser, et plus de vingt personnes peuvent prendre part à une plaisanterie; mais dès qu’il entre un élément de sacrifice, la faveur est accordée à contrecœur et, entre personnes généreuses, reçue avec embarras. Aucun devoir n’est plus sous-estimé que le bonheur. En étant heureux, nous répandons des bienfaits anonymes sur le monde, qui nous restent souvent inconnus ou, lorsqu’ils sont révélés, ne surprennent personne autant que leurs auteurs ».
Devoir et liberté personnelle
La vraie liberté n’est pas la liberté de tout faire mais la liberté du libre arbitre. Et le libre arbitre est à deux coups comme les fusils de chasse ; liberté de juger de ce qui moral, de ce qui est mon devoir ; deuxièmement, liberté de l’accomplir ou non, sans quoi il n’y a plus d’acte moral mais simple réflexe d’obéissance aveugle. A ces deux conditions, je puis accomplir mon devoir en étant un homme libre. C’est ce que veut dire Blaise Pascal quand il écrit : « Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale ». Être libre vis-à-vis des devoirs imposés des dogmes y compris des prescriptions maçonnique, et de mes préjugés.
Certaines prescriptions et sentences du rituel me semblent devoir être discutées. Le rituel nous dit que le chemin du devoir mène à la lumière qui en est l’emblème et à la parole perdue ; cette parole qui pourrait nous mettre en accord avec le monde et avec notre soi profond. Or, cette parole perdue n’a pas été retrouvée ; donc personne ne peut édicter son devoir à quelqu’un d’autre, mais chaque maître doit aller à sa recherche. C’est pour ça que j’aime bien que notre Livre de la Loi reste blanc. Et c’est comme ça que je comprends : pour le Maître Secret, il « n’y a de devoir qu’envers soi-même ». Cependant, il me semble qu’il ne peut pas pouvoir ne satisfaire de l’approbation de sa seule conscience, comme nous y invite le rituel d’initiation. En effet, cette transparence du monde et de nous à nous même est mythique, elle a été perdue avec l’expulsion de l’Eden et/ou l’hominisation qui est la même chose, c’est la parole perdue. Le monde et notre esprit sont opaques à nous et nous avons besoin de l’autre humain pour nous voir et voir le monde. Certes, il n’a pas à me l’édicter, mais je ne peux trouver mon devoir sans lui. Mon libre arbitre ne peut se trouver que dans un dialogue, il n’y a pas de loi morale toute trouvée au fond de mon cœur, comme si la vérité était au fond de moi. Car au fond de moi, il fait sombre : ce sont les autres qui me mettent sur le chemin du Devoir dont cette Lumière est l’emblème Car la vérité du devoir est tierce, entre nous, comme le dit si bien ce proverbe arabe : il y a trois vérités : la tienne, la mienne, et La vérité. Vraiment, il est plus facile de faire aveuglément son devoir que de le connaître vraiment.
Alors comment comprendre que le devoir soit « aussi inéluctable que la fatalité, aussi exigeant que la nécessité, aussi impératif que la destinée » ?Aussi inéluctable que la fatalité ? J’ai avancé qu’il n’y avait pas d’acte moral sans possibilité d’y contrevenir. Aussi exigeant que la nécessité ? Alors que la nécessité échappe par principe à la morale. Aussi impératif que la destinée ? Là, oui, peut-être dans la mesure où nos actes nous suivent et nous constituent. Alors prenons ces sentences sur un mode optatif : il faudrait que ce soit comme la fatalité, la nécessité, la nécessité, la destinée… Oui ! Mais alors quand-même, échappant au libre-arbitre, ce ne serait plus moral et nous serions devenus des anges dans la pure transparence divine. Alors, sans aller à de telles extrémités sublimes, notons que le grade de Maître Secret nous propose de nous élever d’un degré. Au 3ème, il y a des devoirs ; au 4ème, il y a un changement de registre : plus de devoirs au pluriel, mais reconnaissance du devoir au singulier. On passe de la pragmatique à l’abstrait, de la morale à l’éthique du flambeau à la lumière, de l’équerre au compas.
Les droits faussement opposés aux devoirs
Le devoir c’est malheureusement souvent ce qu’on exige des autres pour ne pas leur reconnaitre leurs droits. C’est pourquoi, le devoir ne doit pas primer. Dans un système démocratique et humaniste les droits priment sur les devoirs. C’est dans un système théocratique et/ou autocratique que le devoir est édicté en premier. Pour preuve cet aphorisme prononcé par le grand réactionnaire (bien que littérateur génial) François-René de Chateaubriand à la très réactionnaire Chambre des Pairs de la Restauration : « C’est le devoir qui crée le droit et non le droit qui crée le devoir » C.Q.F.D.
Les droits de l’homme doivent être mis en premier d’où découlent les devoirs et non pas le décalogue en premier d’où ne découlent pas nécessairement d’ailleurs des droits, sauf ceux de Dieu ou du clerc et du souverain. De même en maçonnerie, l’apprenti a d’abord des droits : droit à un accueil chaleureux et fraternel, droit à l’instruction, droit à l’égalité. Ses seuls devoirs sont ceux qui découlent de ces droits : le silence et l’assiduité conditions de sa progression et la réciprocité du respect de notre rituel comme nous respectons sa personne. Ensuite au cours de sa progression le maçon obtiendra peu de droits nouveaux (le droit à la parole, le droit de vote) ; comme il a la parole, il a un devoir d’instruction envers ceux qui sont muets, c’est à dire, le devoir de ne pas dire n’importe quoi. Un devoir d’exemple. Il va surtout acquérir de plus en plus de devoirs et des responsabilités par rapport à ses frères, à la loge et à la société. Schéma qu’on peut appliquer dans le monde profane à la relation aux parents, à la société, à la nation etc. : on a d’abord droit à être reconnus avant d’avoir un devoir de reconnaissance. Ce que devrait méditer par exemple le ministre de l’intérieur pour les réfugiés et immigrés : les droits de l’homme sont supérieurs aux règlements. Car, l’humaniste au contraire du dogmatique et du réactionnaire, met le droit des autres comme source de son propre devoir.
Mon seul devoir serait donc le respect du droit d’autrui. Victor Hugo dit encore mieux ; « Le devoir a une grande ressemblance avec le bonheur d’autrui ». Le devoir comme altruisme, c’est tout-de-même plus exaltant que la contrainte : Georges Duhamel lui aussi se situe dans ce registre : « Celui qui parvient à se représenter la souffrance des autres a déjà parcouru la première étape sur le difficile chemin de son devoir ». Kant, lui, généralise par un devoir impératif catégorique : « Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen ». Le paradis, c’est donc les autres !
Travaux pratiques
Je veux maintenant passer au crible de la critique quelques uns de ceux que j’estime comme des faux devoirs. Mais il ne s’agit que de mes choix moraux personnels argumentés et qui appellent au débat. Mon Frère, ce n’est que ma vérité, j’attends la tienne…
Le devoir de mémoire
Peut être un devoir mortifère : les morts n’ont plus de besoins pas de risque de souffrance, donc plus de droits ; certes, leurs droits peuvent avoir été bafoués de leur vivant, mais ils sont caducs de fait. En revanche, ça peut être un moyen d’attacher des vivants à un passé révolu et à une idéologie réactionnaire contraignante. Les associations d’anciens combattants de 14 ont été les plus forts soutiens de Vichy donc de l’abandon de l’indépendance nationale pour les vivants. Au nom de la mémoire de l’extermination certains justifient l’occupation de territoires et la contrainte sur des populations. Le devoir de mémoire sert de cache-sexe à tous les extrémismes communautaristes. Le seul devoir qui corresponde au respect des droits, c’est le devoir de vigilance qui, lui s’adresse à des vivants et renvoie à leurs droits actuels ; et à tous les vivants et pas seulement les descendants des victimes car les victimes d’aujourd’hui ne sont pas seulement les descendants de celles d’hier. En outre, les vivants n’ont pas à expier les fautes des générations antérieures. Certes la plainte des descendants de victimes est légitime, et on a le devoir de respecter leur deuil ; mais Jusqu’à combien de générations ? Car tout deuil a un temps au-delà duquel il devient soit pathologique s’il est choisi soit abusif s’il est imposé. Sans le devoir de vigilance qui est attention aux vivants, le devoir de mémoire pourrait n’être qu’un droit abusif du mort, celui du vampire ou droit abusif de ceux qui exploitent des souffrances passées à des fins actuelles.
Devoir de repentance
Ce fut une des dernières tartufferies du Pape ou, si c’était de bonne foi (si j’ose dire) une nouvelle manifestation d’aveuglement religieux sectaire. Loin d’être un acte moral s’adressant à la souffrance qu’on a provoquée, d’être une façon de demander excuse, c’est une manière égoïste de libérer sa conscience et de s’excuser tout seul à bon compte en demandant pardon à son Dieu à soi comme si c’était celui de tout-le-monde, pour les fautes commises. Il confisque ainsi la souffrance des victimes de l’Église. Allez, n’en parlons plus ! La repentance se fait pour soi-même : Il vaudrait mieux solliciter de l’autre un pardon, proposer réparation autant que possible et surtout établir une vigilance pour le présent et l’avenir.
La dette de vie
Je dois la vie ? A qui ? Aux parents, à Dieu ?
L’enfant existe au mieux par le désir des parents, il les prolonge ; au pire il arrive par un accident de la nécessité pulsionnelle de l’un ou deux de ses parents. Ce sont les parents qui ont une dette de gratitude ou d’excuse selon le cas et donc des devoirs. On peut dire aussi que c’est la vie, l’espèce, le génome qui ont une dette envers l’individu de leur permettre de se continuer par la reproduction.
L’amour des parents peut-il entraîner une dette et un devoir ? L’amour est don gratuit et non pas une transaction. En revanche, nous contractons une dette pour l’éducation reçue, mais la dette ne se solde pas envers nos parents. Nous avons une dette de culture et un devoir de la faire fructifier pour la transmettre à nouveau grandie, enrichie.
Devoirs envers dieu
Dieu, le dominant n’aurait-t-il pas plutôt des devoirs envers l’homme, sa créature ? Si c’est le cas, ils ne sont semble-t-il pas très contraignants au vu des malheurs qui accablent des innocents et des catastrophes qui touchent tout le monde bons et méchants. Alors, on voudrait que l’homme, le dominé ait, lui des devoirs contraignants ? La vraie morale selon moi, devrait établir le contraire. Mais là encore, on vérifie que la morale est pour le faible et n’engage pas les puissants.
Devoirs envers la patrie ?
Il faudrait distinguer entre communauté des citoyens, autrement dit la Nation et l’état avec ses appareils de pouvoir. Les nationalistes défendent plus un état fermé et ses appareils que l’assemblée des citoyens qui est potentiellement, elle universaliste. En fait, ce qui est universel devrait avoir ma préférence, donc plutôt des devoirs envers l’humanité qu’envers la patrie. Cependant, j’ai le devoir de protéger mes proches contre une agression extérieure.
Conclusion
Dans le monde profane, le citoyen a d’abord des droits ; mieux, tout homme, citoyen de mon pays ou pas, a des droits. Les seuls devoirs valides de l’homme et du citoyen découlent de l’exercice de ses droits et du respect du droit des autres, tout autre devoir imposé peut être abusif. Malheureusement, même s’il est proclamé que tous les hommes sont égaux en droit, une position supérieure dans la hiérarchie des pouvoirs ou des richesses donne toujours des droits, de fait supérieurs aux autres alors qu’une telle situation ne devrait impliquer que des devoirs supérieurs.
En Maçonnerie, l’apprenti a d’abord droit à l’instruction, il a comme seuls devoirs ceux qui en découlent l’assiduité et le silence propices à l’apprentissage, l’installation du temple qui le familiarise avec les symboles, guidé par un Maître. Il a droit aussi à la fraternité et donc ne devrait pas être astreint au service des Maîtres comme dans un bizutage. Le maître en loge bleue devrait avoir avant tout des devoirs qu’il a librement accepté à chaque étape de sa progression ; et puis nul n’est tenu d’être maçon, ni n’en a la nécessité, donc les devoirs sont acceptés librement. Là, Rousseau me semble adapté : l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. Ou pour paraphraser Camus, il faut imaginer le Maçon heureux de se soumettre à son devoir.
Pour conclure, cette belle conception du devoir que je fais mienne : « L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. A lui de choisir entre le royaume et les ténèbres ». Jacques Monod Le Hasard et la nécessité.