La Mort d’Hiram
P∴ F∴
La Maîtrise constitue le troisième et dernier degré de la Maçonnerie bleu. Le Maître Macon possède en théorie et met en application tous les secrets de l’Art Royal. Tout le symbolisme de l’initiation au grade de Maître gravite autour de la légende d’Hiram ou je dirai plus exactement de l’assassinat d’Hiram. Trois compagnons voulants’arroger les prérogatives des Maîtres assaillirent Hiram, le blessèrent et le dernier d’entre eux le tua. Ils enterrèrent le cadavre et plantèrent un rameau d’acacia dans la terre fraîchement remuée. D’autres compagnons partirent à la recherche d’Hiram et découvrirent son cadavre grâce au rameau d’acacia.
C’est bien autre chose que le grade de Maître nous apporte ! Il est d’une incroyable richesse, le cadre rituélique d’abord, le passage du 2° au 3° degré est une grande si on peut le dire « opération » c’est le passage de l’ordre psychique à l’ordre spirituel, une évolution importante, une nouvelle étape de compréhension dans la vie d’un maçon.
Pour comprendre ce changement et mûrissement, il faut se rappeler encore la nature de l’être humain, que toutes les traditions initiatiques nous ont confirmé, de l’Égypte antique à la Grèce, de celle-ci à Rome et au judéo-christianisme. L’homme est une matière unie à l’esprit par un médiateur dit psychique, il est à la fois force, sagesse et beauté émotive. Comment le cadre rituélique du grade de Maître résout-t-il ce phénomène ? II le fait en trois étapes :
Première étape : Préparation du psychodrame de la cérémonie, deuil et tristesse. C’est l’épreuve du deuil. On interroge le néophyte, on le suspecte, on le vérifie et finalement l’enquête se termine par la reconnaissance de son innocence dans le meurtre du Maître Hiram.
Deuxième étape : Épreuve de l’abandon, de l’errance, de la recherche. Nous sommes tous orphelins, le Maître Hiram est mort et on ignore même où se cachent ses pauvres restes.
Troisième et dernière étape : Épreuve suprême, voyage par l’élément Terre et jaillissement du germe de vie. La mort est vaincue, Hiram sort des ténèbres de la mort, des profondeurs de la terre et renaît dans le néophyte, la Vie a triomphé à jamais de la mort.
On peut comprendre que l’enveloppe charnelle déjà en putréfaction et bientôt inexistante, sert de fondement à une élévation spirituelle des maîtres. Loin d’être repoussés par la mort, les maîtres innocents vont au contraire y puiser une force nécessaire à la renaissance des valeurs de celui qu’ils considéraient de son vivant comme un modèle. Il est d’ailleurs frappant de constater que ce sont les coups portés sur le corps d’Hiram qui vont servir aux maîtres pour comprendre ce qui s’est réellement passé, et quelles étaient les valeurs que les assassins ont voulu détruire.
On peut donc dire que la mort physique, aussi difficile à traverser soit-elle, n’est qu’une étape dans l’évolution de l’être méritant, puisqu’elle permet à l’entourage de récupérer ses valeurs spirituelles et de les démultiplier autant de fois qu’il y a de personnes touchées. Sans doute est-ce pour cela qu’Hiram l’a affrontée par trois fois. Même affaibli dans sa chair, ses convictions restaient inébranlables quant aux valeurs qu’ils partageaient avec les autres maîtres et qu’il ne voulait pas trahir.
La marche du maitre triomphe trois fois de la mort car on enjambe trois fois le cadavre du Maitre Hiram. Notre rituel nous indique bien que c’est lors de l’épreuve ou le Récipiendaire enjambe le corps couche dans la tombe du Maître Hiram qu’il y a passage entre l’Horizontalité (Equerre) et Verticalité (Compas).
Il est à noter que lors de cette épreuve et vu le sens de cet enjambement, il ne peut être répété au préalable et en cas d’échec, le candidat doit recommencer ces trois pas.
Hiram ne sera pas relevé par l’attouchement d’apprenti, ni même par celui du compagnon. Ce n est que par les 5 points parfaits de la maîtrise que le corps sans vie sera relevé, ressuscité. Les 5 points de perfection complètent cette renaissance de la vie, si à l’origine on fixait sur le sol un piquet à chacun des quatre angles de la construction future, puis un cinquième au centre, point de rencontre des diagonales du Temple à construire, on retrouve ces « cinq landmarks » essentiels dans l’initiation au grade de Maître, où le néophyte doit, lui aussi, devenir un Temple Vivant à construire par sa revivification.
La jonction des pieds, l’inflexion des genoux, la jonction des mains, le serrement de la main gauche sur l’épaule droite et finalement le Baiser de Paix infusent dans le récipiendaire toutes les vertus de son nouvel état de conscience, l’amour fraternel, le dévouement affectueux, la confiance totale, la collaboration éclairée, la douce union initiatique – points sacrés unissant à la fois les cœurs, les pensées, les volontés dans un idéal partagé. Désormais nous ne faisons plus qu’un, car nous nous comprenons, nous nous entendons, car être Maître, c’est atteindre un nouveau stade.
Il faut être réaliste et pragmatique, on ne devient pas Maître en un seul instant, le nouveau maitre doit encore grandir et chercher a se perfectionner, il doit alors continuer son cheminement et aussi se rendre compte :
Qu’il a « 7 ans et plus », c’est surtout « et plus » qui comptent ici, c’est-à-dire le temps de la maturation.
Que la Parole est « perdue » et doit être retrouvée un jour, c’est toute une évolution, tout un travail intérieur et la on revient un peu a notre initiation avec Visita Interiora Terræ Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem. Le Maître devra mûrir pour donner un jour son fruit qui est le meilleur de lui même.
D’autre partl’acacia symbolise l’immortalité de l’âme et aussi cette bataille pour la Vérité, son bois est dur et solide car un Maître doit être stable et robuste, mais il est hérissé d’épines, le pouvoir des pointes qu’il recèle ainsi rejette au loin les forces des ténèbres.
« L’acacia m’est connu », je suis en mesure de me défendre et de rejeter au loin tout préjugé, toute erreur, toute sujétion à des images préfabriquées par une société imparfaite.
Quand aux signes de Maître nous voyons que des deux premiers degrés, sont les précurseurs de « l’acacia m’est connu », car des l’initiation c’est une bataille continuelle et progressive contre les puissances des ténèbres.
L’Apprenti se coupe la gorge, cette dernière est à la fois le véhicule de la nourriture et l’organe de la parole. L’Apprenti enlève ainsi en lui l’esclavage des appétits physiques et l’imprudence des vaines paroles, il apprend les vertus du silence, de la retenue, de la prudence verbale.
Le Compagnon lui en cotre partie s’arrache le cœur, en ce sens qu’il se défait des excès du sentiment et des liaisons sentimentales qui peuvent annihiler sa volonté, il se libère de l’esclavage charnel et sentimental, si entaché d’égoïsme effréné, il bride ainsi ses passions et atteint un équilibre rationnel.
Le Maître enfin se coupe le ventre. Platon enseignait que tout est hiérarchie dans l’être humain, la tête doit dominer le cœur et celui-ci doit dominer le ventre, symbole de tous les appétits terrestres et de toutes les passions inférieures. Etre sans désir est le grand secret du Maître, qui peut par la puissance de sa volonté, triompher de toutes les faiblesses. Un Maître se domine entièrement et sans effort.
Il a triomphé de ses derniers sursauts d’égoïsme. Ainsi libéré de lui-même, il pourra remplir son devoir social et libérer les autres.
Le Maître agit, Le Maître est toujours en alerte, prêt à l’action
Quelle action ? Celle qui est sa raison d’être, la raison d’être de notre Ordre. La libération de l’humanité de son état d’indignité et de méchanceté, Le signe d’horreur le révèle. Le monde est rempli de haine, d’iniquités, le meurtre d’Hiram en est l’affreuse image, il révolte notre conscience, il provoque notre juste courroux. On se réfugie alors dans le Temple des mystères, on s’écrie : « Ah ! Seigneur, mon Dieu ! » pour signifier qu’on appelle à soi toutes les puissances bénéfiques de la Nature, toutes les vertus de bonté humaine, tous les ressorts de la générosité, pour mettre fin au règne des ténèbres, qui égare et asservit les hommes.
Sachons trouver le symbole vivant de la Maîtrise, dont tout l’enseignement, tout le suc initiatique est condensé en un seul geste, la « Griffe de Maître ». Sans nul doute, la Griffe de Maître nous rappelle que chaque Maître est pour les autres un maillon de la Chaîne des Maîtres.
Les anciens Grecs enseignaient que tout est immortel et impérissable dans l’Univers, dans le Cosmos vivant. La mort physique n’est pour eux qu’un passage naturel d’un état à un autre, aucun de nos atomes ne peut se perdre ou s’anéantir, tout vit à jamais, c’est là l’image d’une Maîtrise éternelle.
Le Temple avait trois portes, dans notre vie maçonnique chacun de nous est apprenti, compagnon et Maître. Chacun de nous est second surveillant, premier surveillant et Vénérable Maître. Notre temple intérieur à trois portes avec trois personnages à la fois gardiens et assassins. Le Maître qui aurait pu nous guider dans la construction du temple de la connaissance et de la sagesse est là, enfoui quelque part sous la terre qui nous compose. Ce Maître qui œuvrait dans l’équilibre, la stabilité et l’ordre a été frappé par surprise par l’ignorance, le fanatisme et l’ambition qui affligent notre nature, obscurcissent notre intelligence et attachent nos sentiments.
Dans notre temple vide, la nuit est tombée, la parole a été perdue. Seule la branche d’acacia indique encore le lieu tout au fond de nous ou palpite le cœur de l’univers blessé, ou la conscience spiritualisée sommeille en attendant que nous produisons l’impulsion de vie nécessaire à sa renaissance. Cette direction indiquée par l’acacia motive nos espoirs, guide notre recherche et soutient nos efforts. Nous nous réjouissons dans les ténèbres de savoir que l’Etre n’est pas mort, qu’il survit au fond de la caverne et qu’en unissant nos efforts, nous pourrons encore le dresser en nous. Puisqu’il est possible de ressusciter la victime de nous-mêmes, nous sommes prêtes à pardonner l’impardonnable et à œuvrer dans la joie a l’expression du Maître.
Puisse chacun de nos FF s’en souvenir, le jour où son corps périssable sera livré au froid, aux ténèbres et au silence du sépulcre, alors comme Hiram, il verra « sa chair quitter les os ». Mais Hiram, c’est lui, comme lui, il est impérissable et il sera toujours vivant, chargé d’une immortelle Espérance.
Très Vénérable Maître, Vénérables Maîtres,
J’ai dit.