L’accomplissement du devoir porté jusqu’au sacrifice
P∴ G∴
A la
gloire du Grand Architecte de
l’Univers
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Trois Fois Puissant Maître
Maîtres Secrets
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Trois Fois Puissant Maître
Maîtres Secrets
Dans le monde profane, la lecture de cette phrase implique automatiquement dans les esprits la mort accidentelle d’un serviteur de l’Etat en service commandé. Tel est le cas des militaires, policiers ou secouristes qui, en perdant la vie, deviennent victimes du devoir.
En franc-maçonnerie, l’approche est différente. Après avoir lu, relu et relu encore le sujet de la planche, j’en suis arrivé à considérer deux mots essentiels: Devoir et Sacrifice, figurant ainsi, selon moi, dans un ordre logique, voire chronologique. Parcourant l’instruction du 4° degré, j’ai appris qu’il s’agit, et ce n’est pas rien, de l’idéal de la franc-maçonnerie.
Le propos qui suit va tenter de vous traduire la notion que je me fais de ces deux mots et comment, de manière symbolique, ils vont m’aider dans la poursuite de mon chemin.
A titre liminaire, rappelons l’étymologie des mots Devoir et Sacrifice.
Devoir : verbe transitif du latin debere – nom masculin
Avoir à payer, à donner quelque chose. Etre tenu de faire quelquechose pour quelqu’un (Excuses) – Avoir obtenu quelquechose de quelqu’un (Promotion) – Tenir de quelquechose telle ou telle caractéristique.
Obligation morale, considérée sous sa forme la plus générale : Avoir le sens du devoir.
Obligation particulière imposée par la morale, la loi, un règlement, les conventions sociales, etc. ; tâche à accomplir ; responsabilité, charge : Remplir son devoir de citoyen, ses devoirs religieux.
Sacrifice : nom masculin (latin sacrificium, de sacrificare, sacrifier)
Offrande à une divinité et, en particulier, immolation de victimes.
Effort volontairement produit, peine volontairement acceptée dans un dessein religieux d’expiation ou d’intercession.
Renoncement volontaire à quelque chose, perte qu’on accepte, privation, en particulier sur le plan financier : Faire de grands sacrifices pour ses enfants.
Ces définitions donnent à penser que le Devoir est l’obligation de faire ce que nous imposent les règles. Faire son devoir, c’est agir comme on doit agir.
Pour sa part, le sacrifice est la perte volontaire ou implicitement consentie d’un bien qui nous est précieux.
Maître secret, mon Devoir est clairement défini dans l’instruction du 4° degré. En effet, et dès la 8° question, le devoir ou plutôt sa poursuite sont symbolisés par le laurier, emblème de ma victoire sur les passions dans ma recherche de la vérité et de la parole perdue. Je suis élevé au rang de lévite pour cette quête. Ici, les choses sont dites et je vais les traduire telles que je les ressens.
Accédant au grade de maître, j’ai appris la mort de Maître Hiram et je l’ai acceptée. Résigné que j’étais, rien ne m’indiquait alors mon rôle actuel. Ce rôle, je l’assimile maintenant à celui de l’enquêteur. Tout d’abord je dois identifier et rechercher les trois mauvais compagnons. Par la suite, je devrai les interpeller, les interroger et les conduire devant la justice. Mon action se devra d’être objective et je ne devrai me laisser aveugler ni par le chagrin ni par la vengeance. Je suis là pour aider faire la lumière sur cette mort.
Je dois préciser que le lévite n’est jamais cité seul, on parle toujours des lévites. Donc, si je suis un parmi des, je ne suis pas seul et je pourrai compter sur l’aide et l’assistance de tous mes coreligionnaires. Initiés avec eux, je poursuis le même but. Symboliquement, nous sommes de la même tribu et attachés aux mêmes fonctions.
J’ai relevé, au travers de l’instruction, huit questions qui parlent du devoir ou appellent des réponses en traitant. L’une de ces dernières m’a fait m’interroger et je la cite partiellement : « ils ont l’obligation de suivre imperturbablement la route du Devoir, tout en sachant qu’il est parfois plus facile de faire son devoir que de le connaître. » Elle est pour moi chargée d’interrogations.
D’abord je devrai rester imperturbable. Quels sont les faits, les idées, les rencontres qui pourraient me perturber. Si je suis perturbé, je risque de me poser des questions et, sûrement, de dévier de ma route. Que va m’apprendre ma recherche de la parole perdue qui ferait que je me questionnerais. J’ai l’obligation de progresser sans me laisser distraire de ma tâche et pour m’aider on me dit, en substance, que je ferai un devoir que je ne peux connaître. Je devrai, quelque part soit faire confiance soit ne pas réfléchir. Etre parfaitement soumis au Devoir. J’en arrive à cette conclusion. Pour schématiser ma pensée, j’ai une mission à remplir, inutile pour moi, maintenant que je l’ai acceptée, d’en connaître les raisons cachées. L’évolution, je suppose, m’apportera les réponses et, sans la connaître parfaitement, j’en déduirai l’essentiel.
Je m’interroge donc sur ce Devoir. Je crains de n’avoir pas saisi sa portée qui, à la réflexion, me semble trop simpliste. Mes interrogations m’ont conduit à parcourir le bushido, code moral des samouraïs. Nous sommes bien loin de nos références pourtant, il va nous aider à passer du Devoir au Sacrifice.
En effet, le bushido est sans aucun doute une morale héroïque, son caractère le plus profond se définit en rapport avec le concept hindou de dharma : le devoir inhérent à la nature intérieure de chacun, la loi d’action liée à la caste. L’action n’est spirituellement efficace que si elle est conforme à la nature intérieure de celui qui l’accomplit.
En loge bleue, nous sommes confrontés au sacrifice dès le jour de notre initiation.
Le symbole en est le dépouillement de nos métaux par le frère expert avant le voyage de la terre. Le retrait de nos « richesses » et surtout le fait que nous l’acceptions a pour but de nous faire toucher du doigt que, là où nous entrons, elles nous serviront à rien. La connaissance de la devise, et notamment le mot fraternité, complètera ce symbole sur lequel, malheureusement nous ne travaillons pas assez.
Plus tard, poursuivant notre parcours, nous apprendrons la mort de Maître Hiram.
Présentée telle qu’elle l’est, nous pourrions l’assimiler à un fait divers historique. Sa lecture symbolique nous démontre qu’il ne s’agit pas d’une mort anodine. Elle est le Sacrifice.
En effet, et je ne vous apprends rien, plutôt que de révéler des secrets à des personnes qui n’étaient pas en capacité de les recevoir, Hiram est mort. A mon avis, il a commis un double sacrifice.
En effet, outre celui de sa vie, il a sacrifié le tout. Je m’explique.
Comprenant combien des personnes avides de pouvoir pouvaient être dangereuses pour le système, Hiram a préféré mourir, laissant la grande majorité dans la peine, mais aussi dans l’ignorance plutôt que de céder à la tentation de préserver ses intérêts, donc sa vie.
Cette attitude est très riche d’enseignement.
Elle me démontre que le sacrifice peut ne pas se limiter à un seul et que le fait d’un seul peut sacrifier tous les autres. Mais je n’y vois pas un sacrifice collectif, plutôt une préservation globale. J’aime à croire, qu’au moment de son sacrifice, Hiram en avait conscience et qu’il était parfaitement convaincu quenous pourrions, un jour, découvrir tout ce qu’il a été empêché de nous transmettre.
A mon humble niveau et en cet endroit, m’interrogeant sur la notion de sacrifice, je n’obtiens pas de réponse précise mais cette question qui me semble essentielle : que suis-je prêt à sacrifier pour progresser? Je ne sais pas. Pas encore.
Pour compléter mon raisonnement, je dois préciser que le sacrifice est, selon moi, la réunion de trois éléments : L’idéal – Le prêtre– La victime. Donc, et pour schématiser, je pense que, lorsqu’il me sentira prêt, le Trois Fois Puissant Maître me sacrifiera au nom de notre Idéal. Et, enfin, je saurai ce que je suis prêt à sacrifier.
Devoir et Sacrifice ne peuvent exister sans Idéal. La conviction en un idéal implique naturellement le sens du devoir. Poussé à son stade ultime et dans l’intérêt de l’idéal, le devoir deviendra sacrifice.
Au terme de cette planche, je m’interroge. Encore plus que lorsque je l’ai commencée. Et puisqu’il me faut conclure, je vous dirai que mon devoir est difficile à définir puisque tellement complexe.
Il s’agit, depuis le jour de mon initiation, du travail sur ma pierre brute.
Trois Fois Puissant Maîtreet vous tous Maîtres Secrets,
J’ai dit.