Le Devoir Maçonnique

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Notre Trois Fois Puissant Maître m’a demandé de bien vouloir traiter ce soir du DEVOIR MACONNIQUE, l’un des éléments importants de notre 4ème degré du REAA. Et plus particulièrement, à partir de cette phrase du rituel d’initiation :Le devoir s’impose à nous, tant dans le tumulte de la cité que dans la solitude du désert.

Après réflexion et analyse, je vous propose donc d’aborder son contenu,sous trois angles, à savoir :


1)Au-delà du mot, que signifie exactement, de façon générale,l’acte de Devoir ?


2)Parler du devoir, n’est-ce-pas parler « des Devoirs ». Et partant, lesquels ?


3)Enfin, comment passer à la réalisation dece ou ces Devoirs, avec notre méthode maçonnique ?


La première fois que j’aivraiment entendule mot « devoir », c’est en entrant à l’école primaire, comme certainement,chacun d’entre nous ici. J’ai surtout compris, pour ma part dans ces sombres années 40 de l’occupation,que mes soirées d’enfant allaient être aussi occupées par un « supplément d’école », à la maison le soir.

Et j’ai aussi compris, par la diversité des matières de cet exercice scolaire, si je puis dire « hors classe », de la rédaction à l’arithmétique, en passant par la géographie et l’histoire, pourquoi ce mot « devoir » s’écrivait au pluriel ! Et j’ai découvert enfin que ces devoirs étaient assortis de leçons, à apprendre par cœur. Autant de tâches qui allongeaient mes heures de veille et raccourcissaient mon sommeil !

Sans le savoir, le travail imposé par mon instituteur, dans la camaraderie turbulente de la journée et l’isolement studieux dans ma chambre la nuit venue, répondait déjà à sa manière, au sujet que je traite ce soir. A savoir : « Le devoir s‘impose à nous, tant dans le tumulte de la cité que dans la solitude du désert »

Au delà des mots

J’ai appris en grandissant,que le devoir a un sens civique. Il peut être un ressenti, un élan, une démarche spontanée, un geste généreux, solidaire, en faveur de quelqu’un ou de quelque chose. Et, adulte devenu, j’aiobservé qu’il s’impose aussi à moi, comme à chaque citoyen, en tantqu’obligation morale. Donc à accepter sans discussion,selon les lois, les circonstances etconvenances.Par sa racine latine « debere » qui désigne un débiteur et en l’occurrence, sa detteenvers la société civilisée, le devoir marque l’appartenance de l’homme à l’intelligence collective. Parce que chacun est responsable de chacun. Qu’il s’agisse d’exprimer ce devoir parun vote citoyen, un don social ou un secours à porter autour de moi. Dans le cadre même de l’assistance due à une personne en danger.

Je n’ai donc pas été étonné deretrouver cette notion de devoir en franc-maçonnerie. Et notamment, dans la Déclaration des Devoirs de l’Homme et du Citoyen, rédigée par le Frère François Boissy d’Anglas et votée par la Convention en 1793. Même si elle n’eut pas autant de succès que la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, elle reste très pertinente aujourd’hui.

Lorsque, dans son article 1er, cette Déclaration précise : Celui qui parle aux citoyens de leurs vertus sans les avertir de leurs erreurs, ou de leurs droits sans leur rappeler leurs devoirs, est un flatteur qui les trompe, ou un fripon qui les pille, ou un ambitieux qui cherche à les asservir. Le véritable ami du peuple est celui qui leur adresse courageusement des vérités dures. C’est lui que le peuple doit chérir, honorer et préférer dans les élections. Ces phrases proclamées il y a deux siècles sont tout à fait d’actualité !

A remarquer que le Rite Ecossais Ancien et Accepté a été introduit en France, dans la totalité de ses degrés, lors de la création du Suprême Conseil de France, en 1804, onze ans après ladite Déclaration des Devoirs de l’Homme. Et précisément l’année du décès du philosophe Emmanuel Kant (1723-1804) dont on sait l’importance qu’il a donnée à la notion de Devoir, dans sa Critique de la raison pratique. A n’en pas douter, son concept de « Devoir inconditionnel », essence même de la « Loi morale »,a influencé le contenu du rituel de notre 4ème degré, avecle Devoir comme objet récurrent de son enseignement. Au point que d’aucuns nomment encore aujourd’hui, le 4ème degré du REAA, le degré kantien.

« Ne vous payez pas de mots » dit, entre autres,ce degré.Sidonc ledit devoir est synonyme de Loi morale,il dépasse cette définition dans l’Art Royal et particulièrement dansla tradition écossaise.

Au vrai, le mot « Devoir » a pris plusieurs significations au fil de l’épopée maçonnique et il convient de les rappeler. Le défaut des qualités de la maçonnerie française est, entre autres, d’utiliser souventdes vocables émanant du vieux français, lui-même traduit de l’anglais, d’où des distorsions de sens, qui nous jouentbien des tours encore aujourd’hui!

Au temps de la maçonnerie opérative – qui, selon les historiensmodernes représenterait davantage pour nous un modèle symbolique qu’une authentique descendance – le mot Devoir renvoyaitles gens du bâtiment à l’engagement envers Dieu, puis envers leurs collègueset le peuple. Pour le « compagnonnage », il désignait à la fois le travail et la règle d’action des compagnons catholiques appelés les « devoirants » et des compagnonsprotestants nommés quant à eux les « gavots ». On sent très bien icila pression du devoir, en termes d’obéissance,d’obligation morale, de soumission à la règle et aux usages, émanant d’une instance supérieure. En clair, on remarque la force de la contrainte, je n’ose parler de travaux forcés, et pourtant? Ne disait-on pas à l’époque « se mettre en devoir » pour appliquer les consignes, c’est à dire dans un état d’esprit qui ne doit rien au naturel, mais tout au conditionnement? Et d’ailleurs, ne fallait-il pas être véritablementconditionné, pour élever ces cathédrales titanesques, dont ceux qui la commençaient n’en voyaient jamais la fin au cours de leur existence? Mal payés, mal nourris, risquant leur vie à tout moment sur des échafaudages aux cordages de chanvre périlleux et à la merci deschutes de pierres, on peut comprendre que cesouvriers se soientprogressivement regroupés en mutuelles d’entraide, ancêtres des syndicats d’aujourd’hui. Il est permis de penserque la motivation de nombre de ces « forçats du moellon » ait moins été la foi religieuse,quoiqu’on en dise, que la nécessité d’entretenir leurs familles nombreuses et partant démunies. « Devoir » signifiait alors « tâche » et par conséquent « emploi ». Sous cet angle, rien n’a changé au XXIème siècle.

Pour survivre,les légendes, quelles qu’elles soient,ont sans cesse besoin d’être réinventées et enluminées. Mais en l’occurrence, il ne faut pas non plus tomber dans l’angélisme. Cet assaut vers le ciel – quiest souvent tombé sur la tête de plus d’una fait précisément des cohortes d’estropiés et plusieurscentaines de milliersde morts dans toute l’Europe, pendant plus de cinq cents ans. Nous n’y pensons pas forcément de nos joursen levant les yeux vers les flèches de ces gigantesques édifices qui, d’ailleurs,ne traversent pas le temps aussi facilement qu’on veut bien le dire. Les services des monuments historiques en savent quelque chose, qui doivent en permanence surveiller des clés de voûte défaillantesetmaintenir debout des tonnes empilées depierres effritées, sous perfusion de béton. Des « morceaux d’architecture », au sens matériel du terme, précisémentdénommés en latin « opus incertum » ( c’est à dire « morceaux incertains »).

Ainsi la notion de « Devoir », de « vieux devoirs », comme on disait au XVIème siècle,a exigé le prix fort de ces opératifs qui nous ont précédé, fussent-ils ou non nos cousins. Tout architecte des beaux-arts, tout entrepreneur du bâtiment ancien, est en mesure de confirmer cet état de fait : ce n’est pas parce qu’ils étaient secrets, que les tracés géométriques du temps des cathédrales, n’étaient pas sans défauts, mortels parfois. Mais il est vrai, encore maintenant,que c’est la suite d’erreurset d’échecs qui conduit au succès.

Sans offense aucune pour tout culte, mais avec le regard du sociologue contemporain, il faut bien observer que le concept moyenageux de « devoir » se traduisait pratiquement pour les jeunes compagnons et les maçons, en actions prédéterminées, articulées sur l’arbitraire et le religieux. Elles étaient imposées par la seule volonté d’une hiérarchie, quelle que soit la difficulté éprouvée. Et il bien certain que le devoir en cause était rattaché à la croyance en un Dieu tout-puissant,capable de punir à tout instant l’ouvrier récalcitrant!

Nous ne manquons pas de repérer dans ce principe une interprétation du mot « devoir », au sens culpabilisant gréco-judéo-chrétien de dette, de rachat de la faute, au vrai, de l’expiation du péché originel. Et par là même, il s’agissait implicitement pour le devoirant, gavot, ou franc-maçon- jusqu’à le payer au prix supplémentaire d’épreuves physiques de bizutage – d’obtenir son affranchissement. Les temps ont heureusement changé depuis ces « vieux devoirs » – synonymes d’une forme d’esclavage –pour les compagnons et autres affranchis,devenus francs-maçons.

Du devoir, les devoirs

Dans le sillage du devoir de justice et du devoir de charité, qui traversent heureusement le temps, s’est imposé en Occident, après la barbarie nazie du XXème siècle, le devoir de mémoire.Tant qu’il est etsera exercé, en réaction aux tendances contemporaines à l’oubli, il signifiera que, malgré les actes génocidaires irréparables, leurs auteurs n’ont pas réussi leur funeste dessein.

De son côté, le devoir maçonnique, contient à sa manière, toutes ces formes de devoir passées et actuelles. Ila aujourd’hui une autre acception que les vieux devoirs moyenâgeux,pour les ouvriers symboliques et « constructeurs de l’esprit » que nous sommes,lorsque nous planchons à tout degré. Ce devoir maçonnique s’entend dans un sens noble, assorti du comportement adulte de l’adhérent, non lié par une quelconque inféodation ou obligation de reconnaissance « ombilicale » à la cause. C’est à dire qu’à mes yeux, le devoir est à considérer d’aborden termes d’efforts sur soi-même à accomplir, après lesquelsil y aune récompense qui s’appelle l’épanouissement, et il y a aussiune ouverture aux autres, que nous nommonsFraternité. Le devoir, à la lumière de la modernité, signifie aussi responsabilisation dans des actes pesés, réfléchis, aux antipodes d’une allégeance aveugle à une autorité.

Cette allégeance – encore un mot trompeur du vieux français qui vient de l’anglais-fait encore beaucoup parler à notre 4ème degré, puisqu’elle est inscrite dans nos textes. Je l’entends personnellement dans son sens originel de « fidélité », de « loyauté » et non dans son deuxième sens « d’obligation d’obéissance inconditionnelle ».Pour ma part, si une telle exigence m’était imposée – c’està direcelle de donner à une instance toute caution, toute permission, même celle du pire – elle me ferait immédiatement quitter l’Ordre. Il ne faut pas confondre homme-lige et homme libre, ce que je pense être dans ces murs avec vous! Chacun a en soi son Suprême Conseil, avant tout autre : sa conscience !

Ainsi commence là pour le franc-maçon, après le devoir de perfectibilité donc de développement personnel, ainsi s’impose à lui,je dirais, un devoirde vigilance. « N’accordez pas une confiance aveugle » dit encore notre rituel au 4ème degré. Le maçon moderne, qui n’est pas dans une secte et n’aà subir l’influence d’aucun gourou se doit – sans paranoïa s’entend – d’être attentifpour refuser et écarter à l’intérieur du mouvement toute forme d’abus de pouvoir qui pourrait néanmoins tenter de s’exercer dans un lieu où faut-il le rappeler, tout est symbole! Il est clair que nous ne sommes que des hommes et le vertige de la puissance est à même d’atteindre toute personne à qui, comme chez nous, la parole est offerte, et à qui peut aussi être confiée un jour, une mission d’encadrement. La parole, mais aussi l’écrit, fussent-ils à visée symboliques, nomment, désignent, affirment, bref, sont liés eux-mêmes au verbe « croire », « au tenir pour vrai », et à ce titre, constituent un danger toujours potentiel – pour le titulaire dudit pouvoir et les autres – dont il faut se prémunir dans tout groupe, même en maçonnerie. Bref, en de très nombreux lieux sociaux, ilest possiblede contracter une boursoufflure del’ego, que nous connaissons en maçonnerie depuis longtemps, la fameuse cordonnite !

De la sorte le devoir, s’il est une discipline autoconsentie, ne revient pas à une soumission à un pouvoir artificiel. Il s’agit d’accepter une relation fonctionnelle avec un système de spiritualité, en l’occurrence avec les officiants et les officiers de la méthode maçonnique. C’est avec cet état d’esprit que le franc-maçon investit son énergie dans l’étude et l’interprétation des symboles offerts à son regard et à sa réflexion en loge. Puis qu’il en transpose ensuite le sens en réalisations bénéfiques, individuelles ou interpersonnelles dans la cité.

« Pour recevoir le ciel, il faut plonger en soi-même », dit Pythagore, nous invitant ainsi au voyage intérieur, celui qui nous sépare momentanément des autres. Quitter un temps la société des hommes, faire en somme le désert autour de soi,pour entrer dans une solitude choisie est régénérateur, si l’on en croit le succès actuel des retraites en monastères !

Entre ses actions, le maître secret que chacun est ici, se trouve invité, dans la forme qui lui convient,à ce constant retour à sa personne.A ce devoir, encore un, que je nommerais « devoir introspectif », qui dirige le regard vers la terre et incite à une vertu essentielle, trouvant nous le savons, sa racine étymologique dans l’humus, je veux parler de l’humilité.

Nous avons pu l’acquérir déjà, cette humilité, pendant nos longues stations silencieuses et méditatives sur les bancs de l’apprenti. « Ecouter les hommes avec attention et déférence » : cette autre recommandation rituelle du 4ème degré nous suggère de poursuivre, comme j’ai envie de l’appeler,ce « travail d’oreille »,qui entretient l’indispensable doute, le sain questionnement.Notre seule certitude consiste à savoir que nous sommes des êtres inachevés et donc sans cesse en devenir. Pour nous, il n’est concevable d’aller vers les autres qu’après avoir fait notre propre connaissance, et réfléchi sur nos capacités et sur notre comportement. Bref, le doute est la certitude du maçon.

« Ne suis-je pas habité par quelque rancœur, quelque vanité, une suffisance et un désir de pouvoir? N’ai-je aucune tentation raciste ou xénophobe? Un goût immodéré pour les biens matériels? Mes jugements ne sont-ils pas trop hâtifs? Ma pierre n’est-elle pas encore trop abrasive? Ce n’est qu’après cette sincère autoévaluation, ce « recadrage » conséquent, que l’exercice éclairé de l’altruisme est possible au franc-maçon. Il s’agit alors, dans cette société éclatée, où l’on se lamente surtout sur la chute des valeurs boursières, de regrouper et de vivifier les valeurs morales.Mais au vrai, s’imposer le devoir d’être des îlots de lumière, atomisés dans la cité, n’est-ce pas basculer dans l’utopie? Si, certainement, mais « les utopies à la française » telles qu’elles ont été nommées parRomain ROLLAND,sont précisément celles des maçons: paix universelle, fraternité, progrès pacifique, droits de l’homme, égalité naturelle. Etchaque petit pas fait dans ces directions devient une empreinte, le début d’une réalité. « Ce que tu peuxrêver, tu peux le réaliser », disait John KENNEDY. Dix ans après cette affirmation, une équipe de cosmonautes américains,dont lefranc-maçon Edwin ALDRIN, posait le pied sur la lune, astreconvoité depuis l’origine de l’homme!

Nous le constatons, le devoir d’utopie est fédérateur! La conception fédératrice de la maçonnerie ne correspond pas à une attitude paternaliste, voire passéiste. L’homme libre ne vit pas dans le passé, il le laisse utilement vivre en lui. Et il ne craint pas le mot « avenir ». Celui qui conduit sa voiture les yeux fixés sur le rétroviseur, ne voit pas, devant lui, l’enfant qui traverse!

La maçonnerie n’est ni une science exacte ni une science occulte. Le bon usage des symboles qui nous entourent ne consiste pas à les figer en un seul et permanent signifié, ou à leur attribuer des pouvoirs magiques. Jusqu’à attendre du rayonnement symbolique la révélation de connaissances supra-rationnelles de l’ordre du non-humain, comme le prétend hardiment le spiritualiste René GUENON. Dans leur poésie muette, les symboles ne délivrent pas un discours identique à chaque maçon, et même dans le registre émotionnel, nous avons le devoir de raison garder!

Enfin, les chemins du ciel espérés ne doivent jamais faire oublier aux frères un autre devoir, celui de la transmission pratique. Il ne faut pas confondre imaginaire et réel, légende et vie quotidienne. Ce ne sont précisément pas des mystères fumeux sortis de l’athanor alchimique, qui sont à passer sur le terrain, mais un flambeau. « Etre fidèle à une tradition, c’est être fidèle à la flamme et non à la cendre », disait Jean JAURES.

Aller plus loin

Quoi qu’on en pense, si la franc-maçonnerie traverse le temps, c’est parce qu’elle évolue et s’adapte aux époques. Sa survie est d’ailleurs à ce prix. Les scissions qui la caractérisent participentà cette évolution et démontrent paradoxalement sa bonne santé. De ces désordres apparents, renaît l’ordre. Ordo ab Chao! C’est du brassage, donc des suites de conflits naturels,qu’est né « le vivant ». Et la résolution des conflits signifie toujours une victoire sur la résistance aux changements, propre à la société des hommes. Les dinosaures, même s’ils resurgissent régulièrement au cinéma, ont bel et bien disparu, parce qu’ils n’ont pas su s’adapter.

En tant qu’homo sapiens en lente évolution, nous sommes condamnés à vivre ensemble. En attendant le supplément de matière grise qui nous manque et nous donnera peut-être l’harmonie avec la qualitéde super-sapiens, nous devons donctenter de nous comprendre. Et en prendre même la ferme résolution, précise encore le rituel du 4ème degré.

En effet, le drame des hommes, c’est bien l’incompréhension mutuelle. D’où le pathétique devoir des francs-maçons, dicté par leur légende même : rechercher la parole perdue, dans la tombe emportée par l’architecte HIRAM. En attendant de retrouver cette vérité, clé de la concorde, il faut vivre, quitte àfaire semblant de savoir. Ainsi est née la parole substituée. Ainsi, faute de mieux, dans une tentative désespérée,émouvante, le mot « tradition » a-t-il été paré d’une majuscule dans les sociétés initiatiques, comme pour faire de la transmission qu’il contient,une chose sacrée, intemporelle, intouchable, inviolable et porteuse d’une forme de Vérité, également majusculée. De fait,ne cherchons-nous pas dans cette illusoire immortalité…notre propre éternité individuelle? Eternel débat, précisément,entre le poète et le logicien, entre le créatif et l’expert, entre celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas…

D’où,depuis la perte de ce sésame qu’est la parole perdue,les querelles, les confusions et les malentendus, qu’entretiennent les conservateurs et les progressistes, tant en loge que dans la cité. Cette paroleperdue et réinventée,est devenue celle des uns contre celle des autres.Devant ce dilemme, que peut faire le maçon qui prétend en devenant meilleur, améliorer le monde? D’entrée, grâce à son intelligenced’homme éveillé, éclairé, notammentpar les échanges inter-fraternels, il peut tenter de redonnerleur vrai sens à ces mots et à ces choses qui constituent, si je puis dire, sa boîte à outils. Nous aurons réalisé une bonne avancée sur le chemin de la vérité, majusculée ou non, quand nous conviendrons, déjà dans notre obédience, et selon moi bien sûr,que :


Le Grand Architecte de l’Univers, expression empruntée à la poésie moyenâgeuse,relève d’un caractère symbolique et non d’un principe divin.


La spiritualité désigne le domaine de l’esprit et non l’ensemble des croyances cultuelles.


La tradition signifieune coutume mouvante et non une doctrine figée.


Le rite correspond à une articulation de règles et non à une liturgie religieuse.


Le symbole est une représentation à figures multiples et non une vérité à figure unique.


L’initiation, enfin, veut dire le commencement d’une recherche et non la réception d’une grâce.

Alors, ne confondant pas légende et réalité, ne restant pas à l’abri dans nos ateliers douillets, nous ne verrons plus de loinnotre environnement social, à l’imagede ces sous-mariniers en plongée qui observent la terre dans leur périscope. Car le dernier, l’ultimedevoir du franc-maçon est de passer à l’acte. C’est à dired’une théorie bien compriseà une saine pratique dans la vie quotidienne.Où, chacun de nous, avec sa faculté de résistance, avec sa sincérité,avec savérité,a le devoir de s’attacher à lutter contre le mensonge, parole substituée devenue sport national. N’en n’avons-nous la scandaleuse illustration avec les agissements de certains hommes politiques,fonctionnaires, industriels, sportifs, précisément ?! La tricherie est le contraire du devoir!

Ainsi, dans cette conjoncture planétaire de société à repenser, à recentrer, le /A04C-G.html

familiale,puis comme « centre de l’union », dans ses cercles d’influence, associatifs ou politiques, à comprendre iciau sens grec de « politikos », le cœur, la vie de la cité. Dans son bouillonnement même, son tumulte, comme dit l’énoncé de mon travail.Ainsi adossés, optimistes lucides, nous pouvons, nous devons faire œuvre de création. Et aussi, naturellement,de solidarité, ce beau mot issu de l’espagnol ancien solidaridad , signifiant : « qui offre le soleil ».

J’ai cité Kant au début de ma colonne gravée, comme promoteur de la notion de Devoir. Il est intéressait de noter qu’il inclue dans son concept, après Platon etRousseau,l’idée capitale de« pensée élargie », comme sens même de la vie. Il entend par « pensée élargie » une pensée qui sort de « l’individu pensant » pour embrasser et inclure celle de l’autre. Cette compréhension d’autrui, nous l’appelons aujourd’hui,l’empathie.

Elargir ma pensée, c’est aussi grandir ! C’est sortir de moi-même pour m’intéresser à d’autres cultures, d’autres langues, d’autres savoirs, d’autres personnes, différentes de moi. En « élargissant mon humanité », c’est de la sorte,aller plus loin, tel que nous le recommandent Anderson et Désaguliers dans leurs Constitutions. Au 21ème siècle, les sciences humaines en constants progrès, ouvrent leurs bras aux francs-maçons, curieux des êtres et des choses que nous sommes. De l’anthropologie à la linguistique, de la poésie à la musique, de la littérature aux multiples formes de la psychologie humaine. La franc-maçonnerie a tout à gagner à ce que ses membres élargissent ainsi leur pensée et leur vision du monde. Avec de nouveaux savoirs et connaissances. Avec de nouveaux modes d’expression,humour compris.Parce qu’il n’est d’homme qu’en relation.

Le maître secret d’aujourd’hui sait que son devoir maçonnique passe, plus que jamais,par toute forme d’enrichissement intellectuel, et non seulement technologique. Il sait aussi que l’Art Royal, à travers sa mythologie, ses rites, ses rituels, ses symboles, et au fil de son indispensable évolution, n’est pas une momie poussiéreuse, mais un outil moderne de communication. « Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier, que je donne de vieilles pommes »,disait le chanteur Félix Leclerc ».

J’ai dit Trois Fois Puissant Maître.

Gil GARIBAL

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