Le Laurier et l’Olivier
A∴ C∴
Lorsque «le trois fois puissant maître » m’a proposé en juin dernier sa liste de travaux à étudier, j’ai choisi le laurier et l’olivier ; j’étais à la veille de partir en vacances et ces deux arbres évoquaient la Grèce et les Cyclades toutes proches.
Je ne pouvais rêver de meilleur endroit pour solliciter l’inspiration car, c’est précisément face à Delos, la patrie d’Apollon, que je laissais vagabonder mes idées.
La légende dit que Daphné, (Laurier en Grec) jeune fille belle et farouche, était chérie d’Apollon. Quand celui-ci se fit plus pressant, elle se réfugia près de sa mère, Gaïa, la terre, qui la métamorphosa en laurier pour la protéger. Alors Apollon dit : «Eh ! bien, puisque tu ne peux être mon épouse, du moins tu seras mon arbre à tout jamais, tu orneras, ô laurier, ma chevelure, ma cithare, mes carquois».
Quelques jours après, une escale me transportait à Athènes. Athènes ainsi baptisée, suite à la victoire remportée par Athéna sur Posei don.
Selon la légende grecque, Zeus de passage sur terre avait annoncé aux habitants d’Attique que le nom de leur ville serait donné par celui des deux dieux qui ferait à l’homme le cadeau le plus utile.
Poséidon, frappant la mer de son trident, fit naître de l’écume des vagues un cheval fougueux, mais Athéna, frappant le sol de sa lance – car elle était aussi la déesse de la guerre – fit naître de la terre brûlée de soleil, un olivier, démontrant que la nourriture provenait d’abord du sol et qu’un olivier pouvait rendre à l’homme des services innombrables.
Toutes les femmes votèrent alors pour la déesse de la sagesse.
Ordo ab chao
Je vous propose dans un premier temps quelques idées glanées ici ou là : de façon chaotique, nous parlerons cuisine, médecine, et symboles, et puis j’essaierai à l’aide du rituel du 4eme degré de mettre un peu d’ordre et d’isoler quelques questions
Ardent défenseur de la cuisine méditerranéenne, mes premières pensées iront vers cette discipline.
« L’huile
d’olive, ce liquide d’or au parfum incomparable.
»
Il me souvient d’une discussion à l’aube
d’un convent avec un
F.’. ici présent qui me vantait les qualités de l’huile d’olive italienne.
Cette huile d’olive qui va agrémenter une petite salade de poulpe…et nous rendre dithyrambiques à propos des plats qu’elle sublime.
Et que serait le bouquet garni qui parfume nos ragoûts, marinades, et courts-bouillons, sans le laurier.
Sommes-nous loin de nos préoccupations de francs-maçon…je ne le pense pas car la cuisine est amour et partage… Celui ou celle qui passe des heures dans sa cuisine et qui voit en quelques minutes engloutir le fruit de son ouvrage, celui la aime assurément partager, celui la aime assurément son prochain.
Les élèves de Poitiers ont la chance de déguster dans leur cantine des mets étrangers, arabes, asiatiques, africains (L’Amérique, ils connaissent déjà) et lorsque ces opérations sont complétées et enrichies par les équipes enseignantes, on fait là aussi un pas vers plus de fraternité et de tolérance.
L’huile d’olive et les régimes méditerranéens ont aujourd’hui la faveur du grand public, mais de tout temps le laurier et l’olivier ont été utilisés pour soigner divers maux.
Ainsi autrefois, le laurier était employé pour provoquer les menstruations et les avortements. On l’utilisait également contre les piqûres d’insectes, les morsures de serpents, les éruptions cutanées, les douleurs d’estomac, la fièvre, la grippe, la bronchite chronique, les rhumatismes, et même contre la transpiration des pieds.
Aujourd’hui ; Il est toujours employé, en phytothérapie, contre la toux, les spasmes, les vomissements, les palpitations et les insomnies.
Les feuilles de laurier contiennent un glycoside et une substance amère ; elles sont apéritives et facilitent la digestion, elles sont diurétiques et antiseptiques mais il faut en user avec modération car elles recèlent une petite toxicité.
Venons-en aux bienfaits de l’Huile d’Olive…
La communauté médicale, a, ces dernière années, confirmé avec certitude ce qui était déjà connu de manière empirique par les civilisations antiques.
L’huile d’olive a des bienfaits prodigieux. Elle est riche en Vitamine E et en antioxydants. L’huile d’olive aide à prévenir la sclérose artérielle, elle aide à protéger le cerveau du vieillissement, elle réduit les risques de maladie cardio- vasculaires, la viscosité du sang et enfin, fait diminuer les taux de cholestérol
Après vous avoir vanté les mérites de ces deux arbres pour la cuisine et la médecine et avant de resserrer mon propos sur le 4e degré, je ne peux passer sous silence les légendes, mythes, et symboles liés au laurier et à l’olivier.
Commençons par le Laurier.
En Grèce antique avant de prophétiser, la Pythie et les devins mâchaient du laurier. Le laurier était consacré à Apollon. Il était également, à leurs yeux, le symbole de la victoire. A Rome, les généraux vainqueurs étaient couronnés de branches de laurier. Au Moyen Age, on prit l’habitude de poser, sur la tête des jeunes gens admis docteurs de l’Université, une couronne garnie de baies de laurier, en latin «bacca laurea», d’où le nom de baccalauréat donné au premier grade universitaire. Enfin, au cours d’une distribution solennelle qui clôturait l’année scolaire, on remettait des prix, accompagnés d’une couronne de lauriers, aux écoliers et lycéens qui les avaient mérités.
Lo laur reverdira … al cap de set cents anhs
…
Passé 700 ans le laurier refleurira…
Lorsqu’en juillet dernier notre F R Lnous a parlé des cathares il aurait pu nous citer cette phrase très célèbre.
Celle-ci aurait été prononcée par Bélibaste, l’un des derniers parfaits, qui a été brûlé en 1321 devant le château de VillerougeTermenès.
Le laurier dans l’herbier des dieux est le symbole de l’immortalité et de la divination. Son symbolisme est profond, il s’agit de trouver l’immortalité dans la sagesse qui est en chacun de nous.
Venons-en à l’olivier…
Les Grecs, qui attribuaient à l’olivier une origine divine, écrit Alexandre Dumas, le vénéraient tellement que, pendant longtemps, ils n’employèrent que des filles vierges et des hommes purs pour la culture de cet arbrisseau. Ils exigeaient un serment de chasteté de ceux qui étaient chargés de la récolte. Ceci explique que l’olivier soit devenu le symbole de la chasteté.
La loi punissait de mort quiconque se serait rendu coupable de leur destruction.
L’arbre d’Athéna resta donc, pendant des siècles, un modèle de vertu. Il devint l’arbre sacré et, en quelque sorte, le symbole de la civilisation grecque et, certainement, un de ses éléments fondateurs. Hérodote nous apprend que même l’incendie allumé plus tard par les Perses ne put l’anéantir, ce qui renforça aux yeux des Grecs sa valeur emblématique et leur croyance dans son origine divine.
Quant à l’huile de ces arbres, elle était un des prix remis aux vainqueurs des Panathénées, les jeux célébrant la fondation de la cité. Les quantités d’huile d’olive livrée aux gagnants étaient énormes, le vainqueur d’un sport, pouvant en recevoir jusqu’à cinq tonnes.
La Bible n’est pas non plus avare de références à l’olivier et dans la légende de l’Arbre du Bien et du Mal, concernant Adam et son fils Seth, trois graines de cet arbre remises à Seth par le chérubin, gardien du Paradis Terrestre, sont placées dans la bouche d’Adam, mort et prêt à être enseveli.
Aussitôt, miraculeusement, ces trois graines germèrent et de la bouche d’Adam allaient jaillir les trois troncs de l’olivier, du cèdre et du cyprès.
Encore plus connu est l’épisode qui annonce à Noé la fin du Déluge (Genèse, VIII,1) «La colombe vint à lui, au temps du soir, et voici qu’en sa bouche, il y avait une feuille d’olivier toute fraîche. Alors Noé sût que les eaux avaient diminué de dessus la terre».
L’huile d’olive est un des principaux composant du saint chrême dont Moïse s’est servi à la demande de Yahvé pour oindre l’Autel, l’Arche d’alliance, et ses fils.
L’onction à l’huile d’olive devint ainsi symbole de lumière et de pureté.
Pour les chrétiens elle est seule habilitée à baptiser les nouveau- nés, oindre les malades et les rois.
Quant à l’Egypte, la légende veut que ce soit la déesse Isis qui ait appris aux hommes comment extraire l’huile du fruit de l’olivier, cependant que le papyrus Harris nous permet de découvrir comment le pharaon Ramsès III – qui vivait 12 siècles avant notre ère – s’adressait au Dieu Râ :« J’ai planté des oliviers dans ta cité d’Héliopolis, avec des jardins et beaucoup de gens pour en prendre soin ; de ces plantes, on extrait l’huile, une huile très pure, pour garder vivantes les lampes de ton sanctuaire… »
Le Coran n’est pas moins convaincu des vertus de cet arbre, quasiment magique, qu’est l’olivier puisque il y est dit (verset XXIV,35) : «Dieu est la lumière des cieux et de la terre.
Sa lumière est comme une niche dans un mur …Elle est allumée avec l’huile d’un arbre béni, un olivier qui n’est ni d’Orient, ni d’Occident…»
Pour les musulmans l’olivier est l’arbre des bienheureux et le symbole de l’éternelle félicité des élus.
De nos jours l’olivier est toujours un arbre sacré, comme en témoigne ce chant berbère :
« Si tu conserves
l’olivette
Sans arracher un olivier
Quatre anges pendront leurs musettes
Aux quatre coins de ton quartier
Mais si, poussé par
la folie,
Tu fends l’arbre de bon conseil,
Quatre anges de mélancolie
Viendront pleurer toute ta vie
Aux quatre coins de ton sommeil »
Symbole de paix retrouvée après le déluge, mais aussi symbole des suppliants et de ceux qui demandaient la trêve,
Symbole de chasteté et de pureté,
Symbole de fidélité : c’est en bois d’olivier qu’est fait le lit d’Ulysse et Pénélope ;
Symbole de sacrifice, c’est sur les monts des oliviers que Jésus se fit arrêter,
Symbole de résurrection et d’immortalité, tel l’olivier brûlé de l’acropole qui repoussa d’une coudée pendant la nuit,
Symbole de puissance et de force ; la massue d’hercule était en bois d’olivier, bois très lourd et très dur,
Symbole de passage, l’huile accompagne de nombreuses cérémonies : baptême, ordination, sacre…
Et enfin Symbole de victoire
Après ce chaos d’idées, cette compilation de notes penseront certains…
Donc après vous avoir livré une partie du fruit de mes lectures et de mes recherches, intéressons-nous à la place de ces deux symboles dans notre univers maçonnique.
Que nous enseigne le Rituel du 4e degré :« Comment avez-vous été reçu maître secret ? »
« J’ai été reçu sous le laurier et l’olivier en passant de l’équerre au compas »
« Le Laurier est l’emblème de la victoire que vous devez remporter sur vos passions.
L’olivier celui de la paix et de l’union qui doivent toujours régner entre les frères.
En progressant dans la maçonnerie, n’attendez pas un oracle dont les réponses pourraient vous égarer ou vous décevoir. Commencez maintenant la marche ascendante qui fera de vous les adeptes de la vérité. »
Et pourtant, tout a été trop vite
J’aime prendre le temps, Je pense aujourd’hui plus qu’hier qu’il faut du temps…
Ce qui n’arrange rien, je dois être un peu lent…
Ainsi ce n’est que parmi vous, en vivant et en étudiant le rituel du 4e degré que tout ce que j’ai vécu jusqu’alors s’est éclairé. J’entrevois à présent cette route balisée par les différents degrés et cela me rempli de courage.
Je comprends mieux maintenant la frustration ressentie, mais non exprimée, lorsque parvenu à la Maîtrise, j’avais atteint le terme des loges bleues.
Tout a été trop vite…
En très peu de temps, il nous faut, apprenti, apprendre à nous connaître, puis devenu compagnon, travailler sur nous même et ainsi façonner le chef d’œuvre qui nous ouvrira les portes de la maîtrise et ainsi être en mesure d’acquérir la maîtrise de soi, pour enfin mériter un jour les lauriers symbolisant notre victoire sur nos passions.
Cette dernière phrase fort longue, aurait, comme la vie du maçon, mérité quelques pauses.
Je n’ai pas honte de vous l’avouer, je ne suis pas sûr d’avoir mérité tous ces lauriers.
Je ne suis pas sûr que le signe d’ordre parvienne à contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent en moi.
Le seul progrès dont je m’accorde le crédit c’est une prise de conscience de cette guerre intérieure que se livrent les pensées, les projets d’action, les passions, alternativement bonnes et mauvaises.
Je suis devenu à la fois acteur et spectateur de ma propre existence. Le Maçon regarde quelque fois le profane avec tristesse…Je rêve d’un temps ou effectivement j’aurais réalisé la synthèse.
Au bout de presque neuf années de maçonnerie, je ne suis encore qu’un apprenti.
Tout va trop vite…
Si je dois faire un vœux, ce serait de laisser à nos jeunes frères le temps… le temps de découvrir, le temps de travailler, le temps d’acquérir cette maîtrise nécessaire à l’accomplissement du devoir du maître.
Inexorable Devoir qui relève d’un travail incessant, intérieur et spirituel et qui vise la découverte d’un secret qui peut seul lui permettre de construire son temple intérieur et le Saint des Saints du Temple de Salomon.
Devoir :
Aussi inflexible que la fatalité,
Aussi exigeant que la nécessité,
Toujours impératif comme la destinée
Ne reproduisons pas les erreurs du monde profane, ne zappons pas d’un degré à un autre.
J’ai conscience en vous faisant cet aveu, que vous n’aurez d’autre choix que de me laisser travailler quelques temps de plus à ce degré, j’en accepte sereinement l’augure.
Hier relisant le rituel du 4e degré, j’y découvre au chapitre « appellation et décors des membres de l’atelier » :
– 4e degré : sautoir bleu. liseré de noir, doublé de noir, supportant une clef d’ivoire dont le panneton porte la lettre
« Z ». Tablier de soie blanche, bordé de noir, doublé de noir, avec bavette bleue ornée d’un œil. Deux branches, l’une de laurier, l’autre d’olivier, se croisent au centre du tablier et entourent la lettre « Z ».
Mon tablier ne comportant ni laurier ni olivier, j’y vois là le signe de ce que je vous ai confié ce matin.
L’olivier le symbole de la fraternité entre les frères me fournira ma conclusion.
Pourquoi ce travail incessant ?
Pourquoi cette ascèse ?
Pourquoi acquérir cette maitrise de soi ?
Nous ne sommes pas des moines réguliers retirés du monde, nous sommes des Francs Maçons séculiers, et à ce titre cette maîtrise nous ouvre la porte de nos devoirs envers nos frères, envers tout nos frères.
Cette maîtrise nous ouvre la porte de
l’Amour.
Le Franc-Maçon se doit de connaître
l’Olivier.
Le Franc Maçon accompli devrait être Amour.
J’ai dit Trois fois Puissant Maître