Sous le laurier et l’olivier
Non communiqué
Trois fois puissant Maître et vous tous mes FF Maîtres Secrets.
Au début de notre initiation au 4ème degré, le 3 fois Puissant Maître nous indique qu’il nous faudra faire attention de ne pas prendre des mots pour des idées et de nous forcer toujours de découvrir l’idée sous le symbole.
Après avoir effectué 4 voyages, puis prononcée leur serment, les maîtres maçons sont créés, institués et reçus maîtres secrets.
Le TFPM leur indique que leur devoir sera la recherche de la parole perdue puis il leur présente la couronne de laurier et d’olivier, seulement ensuite il seront décorés de leurs tablier et de leur sautoir.
Lors de cette présentation il est dit : « Dans cette couronne, le Laurier est l’emblème de la victoire que vous devez remporter sur vos passions; l’Olivier, celui de la paix et de l’union qui doivent toujours régner entre les FF.
Ceux qui, dans l’antiquité, allaient consulter l’Oracle de Delphes portaient de semblables couronnes, comme en portaient aussi les prêtres romains dans les grandes solennités.
En progressant dans les voies de la Franc Maçonnerie, n’attendez pas un oracle dont les réponses pourraient vous égarer ou vous décevoir : commencer maintenant la marche ascendante qui fera de vous les adeptes et les apôtres de la Vérité.
Je vous couronne de Laurier et d’Olivier, dans l’espérance de vos succès futurs et de votre ultime victoire ». ainsi, dès son initiation, le nouveau MS comprend-il que ces lauriers ne sont pas fait, malheureusement peut-être, pour se reposer dessus. Alors il reprend son bâton et poursuit le chemin.
Le laurier, laurus en latin et daphné en grec, est un nom donné à des plantes d’espèces très différentes, au feuillage toujours vert. Aujourd’hui la couronne de laurier persiste dans quelques films tirés de Pagnol, les feuilles de laurier sont plus connus, servant de condiments ou étant employés en infusion.
L’olivier est un arbre méditerranéen, cultivé pour son fruit oléagineux. Il peut vivre plusieurs siècles.
Introduit en France par les phocéens il fleurit en mai et son fruit mûrit en novembre La cueillette des olives et la fabrication de l’huile remontent à la plus haute antiquité. Le symbolisme de l’olivier est riche car il est associé à des expériences anciennes.
L’olivier est un arbre que je qualifierais d’à la mode’. En effet on parle beaucoup dans les médias de régime méditerranéen, d’huile d’olive, de bon et de mauvais cholestérol. S’y associe dans nos mythes d’aujourd’hui l’idée de santé, presque de jeunesse éternelle.
Mais quel symbolisme représentait le laurier et l’olivier ?
Dans la mythologie grecque, Daphnée est une nymphe aimée d’Apollon(1). Poursuivie par ce dernier et sur le point d’être rejointe elle supplie son père de la protéger. Celui-ci la changea en laurier qui devint la plante aimée du dieu.
Arbre apollonien, il associe la sagesse et l’héroïsme. En Grèce, avant de prophétiser, la Pythie et les devins mâchaient ou brûlaient du laurier qui, consacré à Apollon, possédaient des qualités divinatoires. Ceux qui avaient obtenus de la Pythie une réponse favorable s’en retournaient chez eux avec une couronne de laurier sur la tête. Emblème d’Apollon, le laurier symbolise la victoire dans les compétitions littéraires et dans les guerres. Il ceint le front des généraux romains vainqueurs, puis des empereurs. (Puisque nous parlons d’Apollon et que nous sommes le 28 décembre, presque au solstice d’hiver, je voudrais juste faire un petit aparté pour rappeler que, parmi les innombrables conquêtes féminines d’Apollon figure la muse Thalie(2) qui devint mère des Corybantes(3), les chantres des fêtes des solstices d’hiver. )
Ces associations de symboles viennent de ce que, comme toutes les plantes qui demeurent vertes en hiver, le laurier est lié au symbolisme de l’immortalité. Ce symbolisme est également connu en Chine : la lune contient un laurier et un immortel.
L’Olivier, chez les grecs, symbolisait la sagesse et était consacré à Athena. Les oliviers poussaient en abondance dans la plaine d’Eleusis. Ils y étaient protégés et ceux qui les endommageaient étaient traduits en justice. Ils sont divinisés dans l’hymne homérique à Demeter, qui introduit précisément aux initiations Eleusiennes. Suppliants et vaincus en portaient une branche en signe de paix.
L’olivier, est aussi rattaché à Jupiter, la couronne d’olivier était l’attribut de Zeus lors des jeux néméens, et devient le symbole de la Lumière et par conséquent du feu.
Dans la tradition judéo-chrétienne, l’olivier est symbole de paix. C’est un rameau d’olivier qu’apporte la colombe à Noé à la fin du déluge. La croix du Christ auraient été faite, selon certaines légendes de bois d’olivier et de cèdre(4). C’est en outre, dans le langage du moyen-âge, un symbole d’or et d’amour. Angélus Silésius, s’inspirant de la description du Temple de Salomon, dit : « Si je peux voir à ta porte du bois d’olivier doré, je t’appellerai à l’instant Temple de Dieu ».
Dans la tradition islamique il est l’arbre béni », l’arbre central », l’axe du monde. Il est associé à la lumière, puisque l’huile d’olive alimente les lampes.
Le symbolisme du laurier et de l’olivier varie d’une contrée à l’autre, d’un temps à l’autre . Qu’en était-il en Lorraine ?
Ils étaient connus puisque l’on trouve, par exemple, un jeton du bureau de Lorraine de 1563 montrant un autel soutenant la croix de Lorraine ornée de branche de laurier ou encore des jetons et médailles d’or avec 2 couronnes-laurier et olivier – passées l’une dans l’autre, traversées par une main de justice et une épée, mises en sautoir et liées d’un double entrelacs(5). Dom CALMET et Edouard MEAUME ont commenté ces deux couronnes symbolisant le mérite civil et le mérite militaire(6) Henri II avait choisi une épée portant sur la pointe une couronne de laurier.
Lorsque les rois de France venaient en Lorraine les villes construisaient des arcs de triomphe, des piédestaux et monuments éphémères décorées de motifs symboliques. On trouve par exemple à l’entrée d’Henri II à Nancy plusieurs piédestaux dont
–– une couronne flamboyante et un rameau de laurier (signifiant l’autorité d’empereur et l’honneur du triomphe)
–– un autre avec un caducée entouré de 2 cornes d’abondance et un rameau d’olivier
–– un avec une femme au vêtement de chardon, emblème de la ville, portant un casque, tenant un rameau de laurier s’appuyant sur un médaillon représentant la ville et la bataille de Nancy(7)
Lors de l’entrée du duc d’EPERNON à Metz, en 1583, avait été construit à la porte Saint-Thiébault un arc triomphal. Sur la colonne de gauche on voyait Jupiter Neptune et Pluton au milieu desquels volait Mercure avec son caducée en une main et un chapeau de laurier de l’autre(8)
En 1603 Henri IV est en voyage à Metz. Abraham FABERT construisit une architecture éphémère, un arc de triomphe. Il laissa des notes indiquant la construction, la dépense et la signification symbolique. La lance que tient le roi ‘enlacée vers le fer dans un tortis de Laurier, et d’un serpent, signifie que ses victoires sont les vrais effets de sa prudence, par laquelle il gouverne et maintient son Royaume, représenté par l’écu aux trois fleurs de lys. Plus tard, pendant la cérémonie, deux adolescents descendent d’un arc triomphal et s’arrêtent au dessus du chapeau royal pour tendre leurs couronnes de myrte et d’olivier(9).
A la mort de Charles III fut réalisée un frontispice. Le buste de Charles III est entourée de laurier. De chaque coté se dresse deux allégories féminines; la gloire et la Félicité. Cette dernière tient un rameau d’olivier dans sa main(10)
Dans différents ouvrages et écussons personnels sont figurés des symboles.
En 1590 LEBEY de BATILLY fait figurer dans son emblème « les lauriers du poète ».
Pierre WOEIRIOT, dans les années 1550-1620, dans son recueil se sert couramment des palmes et branches d’olivier pour représenter les abstractions(11). Représentant les 2 visages de la fortune il symbolise la fortune, sans autre déterminatif, celle qui fait triompher qui elle veut, par une branche de laurier, une corne d’abondance et un gouvernail(12).
Nicolas de Harlay de SANCY, ministre d’HENRI IV, reçut un emblème de Lebey de BATILLY où l’on voit deux femmes auprès d’un autel ou sont entrelacées des couronnes de chênes et d’oliviers; « cela suffit à indiquer le zèle du poète messin au service du roi de France.
L’église aussi se sert de nombreux emblèmes et symboles. L’écriture sainte est souvent illustré d’emblèmes qui
guident le lecteur dans une superposition de sens. On retrouve L’épître aux romains de saint Paul illustrés par des gravures d’olivier sauvage enté sur l’olivier franc.
Au XVIème siècle, le cordelier, le jour de la fête du saint-Patron et intercesseur de la Lorraine, invoque Saint-Nicolas, « bel olivier » qui fournira l’huile nécessaire pour entretenir le feu du Saint-Esprit « dans la lampe de notre cœur »(13).
TROIANO explique que L’olivier(14) désigne la paix concédée par Dieu aux hommes après le déluge.
Une gravure de Jacques CALLOT, « Le Triomphe de la Vierge »(15) est intéressante car elle contient de nombreux phylactères destinée à expliciter les symboles. La salamandre et le Laurier sont des symboles traditionnels de l’Immaculée Conception chez les Pères de l’Église. Ainsi on remarque en haut, sur le coté gauche, un Laurier avec pour légende ‘ainsi le mal ne l’atteint pas’. La Vierge tenant un rameau d’Olivier avec pour légende ‘Au jour marqué, le Seigneur envoya sa miséricorde’
Le Trois fois Puissant Maître présente et explicite le laurier et l’olivier aux nouveaux Maîtres Secrets mais il s’agit également d’une couronne, c’est à dire d’un cercle et cela, bien sur, rappelle quelque chose à celui qui vient de passer de l’équerre au compas.
Dans l’instruction d’un Maître Maçon, à la question : « si un Maître était perdu où le retrouverait-on ? la réponse est « au centre du Cercle(16). »
En Inde la « couronne de la tête » ou « lotus aux mille pétales » est le centre d’énergie qui se trouve au-dessus de la tête(17). Cette couronne est en union totale avec « la mère des trois mondes ». Elle est aussi appelée « la roue aux mille rayons » et se rapportent à l’état de principe inconditionné et originel qui se trouve en deçà et au-delà de toute manifestation.
Dans la symbolique asiatique, la couronne en forme de fleur indique l’accession à un degré supérieur du développement spirituel.
Dans la symbolique juive Le mot hébreu « Kabod » est synonyme de « gloire » et désigne aussi le laurier des hautes victoires spirituelles.
L’olivier c’est le mot « zayit » où nous retrouvons les lettres « ziza, plus la lettre Teth, désignant le serpent qui s’enroule autour de l’unité manifestée : Iod.
L’Olivier, fécondité de la paix intérieure, basée sur l’onction de l’huile pure (Chemen Zait Zak) qui accorde des dons d’intelligence et de force au Roi rappelle l’aliment de la lampe perpétuelle, le « Ner Tamid » qui brille dans le tabernacle secret.
La couronne de Laurier et d’Olivier, couronne de gloire et de feu, Kether placée au sommet de la colonne centrale de l’arbre de vie, celle de l’équilibre entre la rigueur et la miséricorde, est la représentationmatérielle du Cercle(18) qui vous couronne au fond du Saint des Saints, dans lequel est inscrit un triangle.
En occident, la couronne symbolise le caractère supérieur de certains êtres. Elle indique la puissance légitime d’un homme en faisant de celui-ci le représentant du monde supérieur. Placée sur la tête, la couronne domine le corps humain, donc la matière et participe du ciel vers lequel elle s’élève, établissant un pont entre l’homme et l’azur.
Dans la chrétienté, la couronne représente certes la majesté du Seigneur, mais elle a aussi d’autres significations. Elle indique le passage à un nouvel état, par exemple la couronne que porte la jeune mariée ou la couronne des morts. Elle peut-être aussi symbole de la victoire sur les ténèbres et les péchés comme la couronne des premières communiantes.
Les rois de France était couronnée d’une couronne dite « de Charlemagne » qui avait été créé sous le règne de Philippe-Auguste(19). Une seconde couronne, dite de la Reine, plus petite fut aussi créé. La première fut détruit par les ligueurs en 1590(20) et les Rois de France furent couronnés avec la petite. Celle-ci fut détruite à la Révolution (1794). Napoléon 1er en fit élaborer une autre, mais lors de son sacre, il préféra finalement une couronne de laurier en or.
La forme d’anneau est une référence au symbole du cercle sans fin mais cette couronne de laurier et d’olivier n’est pas d’or, elle n’a nul rayon ou dentelure rappelant le soleil, elle n’est pas le symbole de la puissance et de la richesse elle représente moins la puissance qu’une élévation, provisoire ou non, bien que le cercle représente la durée.
Dans les décors de la Loge on trouve un cercle, nettement tracé et figurant en bonne place. Le cercle est présenté au maître secret sous la forme d’une couronne. Les symboles essentiels du grade, le MS les porte sur lui; la couronne sur la tête, les lèvres closes par le sceau du secret, la clef symboliquement à la hauteur du plexus solaire et l’œil sur le tablier.
4) Conclusion
Le grade de Maître Secret insiste sur le devoir et il pourrait être ressenti comme moralisateur mais l’insistance relative à la notion de devoir ne s’inscrit pas dans une morale mais dans la recherche du devoir. Une indication nous est donnée dans la présentation de la couronne de laurier et d’olivier. Le cercle de la couronne nous rappelle à nos devoirs de maître, aux engagements contractés précédemment. Le laurier et l’olivier suggèrent une action concrète dans le comportement. Nous devons trouver la paix intérieure et vivre en paix avec les autres, remporter la victoire sur les tourments et conflits intérieurs, faire la part entre ses propres imperfections et celles des autres, en une sentence rappelant celles de nos différents voyages, ne pas paraître mais être.
J’ai dit.
1) On en fait la fille du fleuve Ladon et de la Terre.
2) Ce nom se rattache à la racine impliquant l’idée de végétation. Il existe au moins trois divinités portant ce nom. Ici il s’agit de la muse qui finit par présider la comédie et la poésie légère.
3) Il s’agissait de démons faisant partie du cortège de Dionysos.
4) Selon d’autre de bois d’acacia.
5) L’avers est au nom et aux armes d’Henri II.
6) CHONÉ pp 123-124
7) CHONÉ p 158.
8) CHONÉ p 713.
9) CHONÉ p 720-722.
10) CHONÉ p 146.
11) CHONÉ p 623
12) CHONÉ p 643
13) PARISET « le mariage d’Henri de Lorraine ».
14) Il dit aussi que le palmier est le seul arbre qui reçoive du ciel sa vigueur naturelle. Aussi son tronc est-il plus mince à proximité de la terre et ne s’épanouit-il que dans sa partie supérieure.
15) Elle a été commandée par les Franciscains pour défendre et expliciter leur théorie de l’Immaculée Conception. (in « Emblèmes et pensées symbolique en Lorraine » Paulette CHONÉ; pp 744-747).
16) où entre l’Équerre et le Compas.
17) ou parfois en-dessous selon les traditions.
18) Le point dans le cercle est la représentation du soleil (Egypte). Un bas relief dans le petit Temple de Kansou à Karnak représente Ramsès IV offrant une statuette à la déesse Arment. La déesse pointe la croix ansée entre les yeux du pharaon. L’ankh était pour les égyptiens le symbole des « millions d’années futures » et aussi la clé ésotérique qui savait ouvrir les portes du monde des morts et pouvait pénétrer le sens caché de la vie éternelle. Dans cette scène, la croix ansée entre les yeux du pharaon, la déesse assure à Ramsès qu’il aura une vision clairvoyante des vrais mystères, mais qu’il lui sera interdit de révéler ce qu’il aura vu et éprouvé au cours des différentes phases de son initiation. C’est pourquoi l’Horus-Hermakhès est derrière Ramsès et il fait à Ramsès le signe de se taire en portant le doigt à ses lèvres. (« Le MS; Jamet p49)
19) Elle était composé d’un diadème de quatre fleurons qui orientait le Roi dans la cathédrale et dans l’espace. A l’intérieur du cercle d’or se trouve un bonnet de forme conique (tiare) alliant les fonctions temporelles (or) à celle spirituel du prêtre (tiare).
20) Ils tenaient alors Saint-Denis et avaient besoin d’argent pour alimenter leurs lu
Bibliographie.
« Nouvelle encyclopédie Bordas. »
« Encyclopédie des Symboles. » Livre de poche 1989
« Mémento » des 1er, 2ème, 3ème et 4ème degré.
BERESNIAK Daniel : « Les clefs du Maître secret ». Ed. DETRAD 1995
CHONÉ Paulette : « Emblèmes et pensées symbolique en Lorraine » Ed.
Klincksieck : 1991
JAMET Guy et Renate : « L’œuvre du Z »: Ed. du Borrégo : 1995
SPAETH Marcel : « Sous le voile du Maître secret. » : Ed. Detrad : 1994