Les Voyages Initiatiques
F∴ R∴
Sous les auspices du conseil suprême « LUX EX TENEBRIS »,
des souverains grands inspecteurs généraux du 33ème et dernier degré du REAA
ORBO AB CHAO
Trois fois puissant maître et vous tous mes FF
Les Voyages Initiatiques
Les voyages, en franc-maçonnerie, sont le principe même de l’initiation, on ne peut concevoir qu’ils s’arrêtent au moment précis où le maître, identifié symboliquement à l’architecte, participe à la construction du temple.
Leur originalité consiste à ranger des symboles universels d’une manière particulière, propre à stimuler l’esprit, l’intérêt de découvrir, grâce aux hauts grades, de nouveaux horizons, chaque découverte éclaire et aussi remet en cause la découverte précédente.
Les symboles du maître secret marquent de leur interprétation le long chemin obscur qui mène à la lumière. Celui qui aspire à l’éveil combat les fantasmes et les préjugés qui le retiennent dans l’esclavage de son moi interne, le symbolisme met en œuvre l’imaginaire et le décryptage des symboles permet la maitrise de l’imaginaire.
En imagination, on peut voir défiler le temps et embrasser de larges espaces, si le maître désire aller au-delà des apparences du quotidien et de l’actuel, seul le regard non linéaire mais venant du dedans peut atteindre la dimension voulue. Il faut savoir distinguer l’imaginaire de l’imagination, l’état de songe où l’on voit des choses souvent invisibles de la rêverie qui n’est qu’un égarement du désir. Il est difficile de décrire la vie dans l’intemporel et dans l’espace infini, l’appellation de maître secret contourne bien la difficulté de la parole humaine d’exprimer une expérience intérieure et qui échappe à l’usure des mots. C’est d’ailleurs là toute la difficulté de l’homme pour communiquer avec autrui, les mots ne sont pas souvent perçus dans le sens dans lequel ils sont prononcés. C’est le travail sans paroles, le travail secret de celui qui écoute. Ceci demande un bon vouloir de part et d’autre, le vouloir ne se manifeste pas en paroles, il ne peut être inculqué.
il y a des voyages dont on revient changé, transformé, plus lucide, depuis la haute antiquité, des hommes ont entrepris des voyages initiatiques, toujours pénibles, exigeant de la persévérance et du courage et n’offrant en échange aucune récompense particulière. « Rappelons-nous JASON à la recherche de la toison d’or ou ULYSSE à la quête de mondesnouveaux….. » Est-il besoin d’espérer pour entreprendre et de réussir pour persévérer ?
Les sages de l’antiquité déconseillaient, ce type de voyages aux simples curieux qui auraient aimé se lancer dans une telle aventure, car disaient-ils, « celui qui veut trouver à n’importe quel prix, ne trouvera que ce qui s’achète, celui qui cherche pour apprendre plus, trouvera peut-être, au détour d’un chemin pénible, ce qu’il est venu chercher, sans savoir précisément quoi ». Le propre même des voyages initiatiques, est que l’on ne connait jamais l’itinéraire, lors d’une réception, quelque soit son degré, nous ignorons toujours le chemin que l’on va parcourir et surtout ce que l’on va trouver à l’issue de chacun d’entre eux, ils ont toujours été liés à la quête d’une certaine sagesse autre que cette maturité faite d’expériences souvent appelées « sagesse populaire ». Est-elle accessible au jeune maître ? Peut-on espérer qu’elle vienne Avec l’âge ?
La première condition, pour celui qui les entreprend, est de ne jamais se retourner sur son passé, il faut être capable de repartir à zéro, d’accepter intimement un nouveau cheminement, d’admettre que ce qui a été appris jusque là en maçonnerie n’est rien à coté de ce qu’il reste à apprendre. Il n’est pas toujours facile de réaliser lorsque l’on est maître que de nom, de redevenir apprenti..
Lors de notre élévation au 4ème degrés, nous entrons dans le temple voilé, dans une demie obscurité, la lumière perçue n’est qu’alors fragmentaire, quelques lueurs ici et là, la réalité des choses se dissimule derrière ce voile, l’alternance de clarté et d’obscurité est indispensable pour rendre la vue plus sensible aux formes, aux nombres qui cachent des enseignements précieux qu’on peut capter que si l’on est concentré. Ce qui est évident se perçoit alors difficilement. Ce que le récipiendaire découvre au long des voyages, est à demi voilé parce qu’il ne comprend qu’à moitié, à première vue, c’est à lui de pénétrer plus avant pour que le sens des épreuves lui deviennent plus clair. Ce voile montre combien l’homme tâtonne encore dans les ténèbres. Le voile que portent les hommes devient progressivement plus opaque mais il subsiste, derrière l’aspect accidentel, éphémère des objets perçus, se cache en fait la forme pure qui est la véritable nature des objets. Pour le récipiendaire, ce voile symbolise en quelque sorte, une autre mort, mort qui n’a pas été totalement consommée en loge bleue, et pour ce faire, il doit sortir de son enveloppe charnelle, des réalités de sa vie relative d’homme et du conditionnement que la culture lui a imposé. Ce voile noir préfigure cette mort nécessaire, il disparaitra petit à petit, au fur et à mesure que le maître secret du 4ème grade aura réellement compris tout le sens symbolique de cette nouvelle mort.
« O âme aveugle! Arme– toi du flambeau des mystères, et dans la nuit terrestre, tu découvriras ton double lumineux, ton âme céleste. Suis ce guide divin et qu’il soit ton génie. Car il tient la clef de tes existences passées et futures » ( Appel aux initiés, d’après le livre des morts.)
Jeunes initiés à ce grade, nous ne pouvons pas encore en saisir toute l’importance, nous ne sommes qu’au seuil de cette mort mais vivant dans une caverne obscure, seul notre persévérance à l’ouvrage et notre zèle dans nos recherches, pourront nous sortir de ce tombeau. Il faut peut-être voir, dans les déambulations qui ne sont plus là rectilignes mais courbes, « le pas du maîtreau 3ème degré, en est le précurseur », que nous effectuons lors de notre élévation au 4ème grade, tout le symbolisme des actions que nous devons mener ensemble pour sortir de cette léthargie, n’oublions pas qu’au cours de notre premier voyage, nous sommes tous unis par une corde, symbole de notre attachement de l’un pour l’autre, du passage de notre fluide magnétique de l’un vers l’autre et surtout de la fidélité, du secours et de la fraternité que nous nous sommes engagés à offrir à l’autre. Cette corde est le symbole même de la transmission. Je suis sûr que ce n’est qu’en unissant tous nos efforts, qu’en partageant nos connaissances et notre enthousiasme, que nous parviendrons ensemble à sortir de ce tombeau pour y découvrir enfin certaines lueurs qui nous amèneront vers la quête de la vérité et peut-être vers une reconstitution de ce qui a été perdu c’est-à-dire oublié et pourquoi pas, a rassembler ce qui épars.
Tous ces voyages initiatiques ne sont à mon sens qu’une invitation à sonder nos profondeurs « notre inconscient » à pratiquer l’introspection. C’est ainsi que notre premier voyage nous ouvre les portes de la connaissance, à nous de la découvrir, de nous donner la force nécessaire pour refouler tout ce qui peut entraver nos jugements, nos préjugés et enfin de nous révéler l’universalité de la fraternité. Le deuxième voyage nous prépare à plus de modération, de prudence et surtout à plus d’objectivité dans nos réflexions et nos démarches.
Le troisième voyage, lui, nous offre l’occasion d’appréhender les choses avec beaucoup plus de réalité, beaucoup plus de sérénité afin d’avoir un autre regard sur tout ce qui nous entoure. Quant au quatrième et dernier voyage, c’est en quelque sorte un retour sur les précédents, afin de bien nous faire sentir que tout peut être entrepris à condition de respecter les libertés et les règles établies. Cet amour de ce qui est juste nous permettra de mieux évaluer le travail que nous avons accompli où qui reste à accomplir.
En conclusion, tout être qui prétend obtenir une certaine connaissance, doit souvent regarder ailleurs et s’enrichir de tout ce qui peut voir, analyser et résoudre tout ce qui lui est étranger où inconnu, c’est ainsi que chaque voyage qu’il entreprend ne peut que lui apporter des enseignements différents et intéressants donc des énigmes à résoudre et des raisonnements peut-être à remettre en question. De ces voyages il doit en retenir les leçons afin de s’enrichir des connaissances que les autres lui offrent. Il en est de même pour nous francs-maçons, chaque voyage initiatique est une remise en question de tous nos préjugés, le moment où nous devons faire le vide en nous, afin de mieux recevoir ou percevoir tout le symbolisme et la signification des mots, des objets, des pensées que nous découvrons tout au long de notre itinéraire étapes par étapes.
En voyageant du 3ème degré vers le 4ème, c’est-à-dire en passant de l’équerre au compas, le maître devenu secret se trouve alors dans un autre « monde » si je puis m’exprimer ainsi, il est confronté à tout un attirail de nouveaux symboles, à une nouvelle façon de s’exprimer et surtout à une nouvelle manière de résonner. A la fin de ses quatre voyages, il sait que son devoir maintenant est de retrouver ce qui a été perdu.