Que la Force nous protège !
M∴ L∴
Quelle force ? Qui nous protège de quoi ?
Qui nous assure ? Qui nous porte ?
La force, vous en conviendrez, est d’abord physique
La raison du plus fort est toujours la meilleure, écrivait La Fontaine
Il est vrai que jusqu’à l’institution du code d’Hammourabi (3 000 ans avant J C) la force primait le droit. Calliclès, face à Socrate, affirme que la force est la loi suprême.
L’homme est confronté à des rapports de force tout au long de sa vie. La force, on s’incline devant elle ou on la combat. On rentre alors dans un rapport de force …force contre force. C’est le conflit …la violence …le passage en force. La force est le refus de recourir aux lois et l’ultime argument de celui qui n’a plus d’argument.
Au plus fort d’avoir la meilleure part, car le droit est identique à la force. « La marque du juste, c’est la domination du puissant sur le faible et sa supériorité admise ». C’est la force barbare, aveugle, la force brutale du soudard au front bas et malheur au vaincu, car c’est pour lui l’oppression, la servitude, le viol ou la spoliation.
Pour Rousseau « La Force est une puissance physique, je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets ».
La force, dit Alain, est étrangère à la justice.
Mais en fait, la, force est fragile.
Recourir à la force, à l’affrontement c’est risquer les aléas du conflit et aller tôt ou tard vers sa propre destruction.
Talleyrand : On peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus ! Toute force à son point faible qui sera fatalement découvert, son tendon d’Achille … et la force devient un colosse aux pieds d’argile, C’est David et Goliath ou plus près de nous le kamikaze avec son coucou coulant un porte‑avion, ou les attentats suicides ….
Hercule symbole par excellence de la force sort vainqueur de monstres tel l’hydre de Lerne, le lion de Némée ou le sanglier d’Erymanthe surtout grâce à son intelligence alliée à son courage. Force et Prudence, deux vertus que nous retrouvons dans une Loge de perfection.
Force de la loi
Pour Socrate la loi est au dessus de la force.
Il est légitime d’avoir recours à la force pour faire régner la loi. Car à quoi servirait une loi que chacun bafouerait impunément ? Force doit rester à la loi. C’est la force du droit, et du coup la loi est une manifestation de la force.
Pourtant si une loi est injuste, il faut l’abroger ou renverser le régime qui l’a promulguée. C’est la désobéissance civique ou la révolution. Privée de sa légitimité morale la loi n’a aucune force face à l’histoire.
C’est l’état de légitime révolte. Pour mémoire : Gandhi … Luther King…la résistance au nazisme.
La force, les anciens l’examinaient dans la 11ème lame du Tarot
Le nombre XI, c’est 5 et 6 qui renvoient au Pentagramme et au sceau de Salomon, c’est à dire aux étoiles du Microcosme et du Macrocosme. La réunion de ces deux étoiles constitue le pentacle de la Force magique, exercée par l’esprit humain (pentagramme) devenu centre de l’âme universelle (hexagramme).
Dans le Tarot d’Oswald Wirth, la Force est représentée sous l’aspect d’une reine blonde qui, sans effort apparent, dompte un lion furieux dont elle tient les mâchoires écartées du bout des doigts. Elle l’a élevé à son niveau.
On aurait pu figurer un Hercule, mais au contraire, il s’agit d’une femme en apparence toute douce et calme qui maîtrise la brutalité. Toutes les énergies dévastatrices de la violence seront dominées et transformées par la douceur de l’intelligence de cette reine blonde.
Le but de notre existence est de résister le plus possible à la force brutale, notre feu intérieur, notre égo, notre lion et quand il se laisse apprivoiser c’est la victoire sur nous‑même, symbole de la volonté sur les pulsions.
La force intérieure
Malgré les dangers, malgré les malheurs qui les accablent, tous les jours des hommes font face et trouvent la force de continuer à vivre. Cette force d’âme, c’est ce qui nous permet de lutter pour vivre, de faire face malgré la peur. Cette force, c’est le courage considéré comme une vertu.
Le mot vertu a une origine latine virtus, force virile. S’évertuer au sens du courage, c’est faire des efforts pour supporter le destin qui nous accable plus que pour le vaincre.
Le courage est devenu par rapport aux situations redoutables et dangereuses « une énergie juste, sage et prudente: on voit la dépendance des vertus du M S : le courage ne serait rien sans la sagesse et la prudence.
Pour Thomas d‘Acquin, la force est une vertu cardinale parce qu’elle est d’abord et avant tout fermeté, la fermeté étant la condition de toute vertu. Elle est subordonnée à la prudence qui en tant que perfection de la raison est la première des vertus cardinales. Fermeté de caractère, qui permet à l’initié de s’élever au dessus de la matérialité, qui permet de penser par lui‑même, de résister à l’opinion toute faite, à la mode culturelle imposée par les médias et la télé.
Pour Spinoza, la force d’âme se divise en fermeté et en générosité.
Par Fermeté, il entend le désir par lequel chacun s’efforce de conserver son être d’après le seul commandement de la raison.
Par Générosité, il entend le Désir par lequel chacun s’efforce, d’après le seul commandement de la Raison, d’aider les autres hommes et de se lier avec eux d’amitié.
La force intérieure canalise dans le bon sens l’action choisie par la maîtrise de sa volonté et permet de suivre, imperturbable, son image mentale sans subir les jugements extérieurs
L’initié doit être fort, cela n’est possible que s’il sait se construire lui-même c est à dire échapper aux émotions, à la colère, la haine ou la vengeance qui l’étouffent.
L’énergie pour maîtriser nos passions, nos pulsions, c’est la force pour lutter contre notre pire ennemi, c’est‑à‑dire nous même et donc avoir le courage de nous corriger, pour rester en harmonie avec nos idées et notre conscience…
L’acte principal de la force mentale est de rester ferme dans le péril pour prendre des décisions courageuses, difficiles, surtout quand elles sont à contre courant… C’est la volonté du calme intérieur, de la stabilité malgré l’extérieur. Cette force d’âme était la sagesse des stoïciens. C’est elle qui nous permet de poursuivre notre chemin pour maîtriser notre vie.
C’est Epictète qui résume le mieux ce que peut faire notre force quand il dit: Il y a des choses qui dépendent de toi, il y a des choses qui n’en dépendent pas.
Etre endurant dans l’épreuve, courageux face à la douleur ou aux vicissitudes de la vie c’est savoir faire abstraction des difficultés, faire le vide.
Le courage ne se conçoit pas comme une vertu isolée et exclusive, comme nous l’avons indiqué, il est saisi dans un ensemble de qualité ou chacune joue son rôle, ou chacune permet sa juste efficacité pour établir un équilibre, une harmonie: « le temple est le symbole de l’harmonie que nous devons réaliser en nous même dit le rituel.
Cette notion d’équilibre, c’est une nécessité pour faire cohabiter nos quatre vertus et l’enseignement qui s’y rapporte.
Pour travailler notre force mentale
Il y a des techniques, comme le Yoga ou la méditation, des modes de fonctionnement comme la pensée positive pour vider son esprit, gérer ses sentiments, ses émotions, se libérer. Se servir d’une pensée comme levier pour repousser celles qui polluent. Ce levier peut être pour certains la foi. Mais pour un franc‑maçon c’est sa reconstruction depuis l’initiation au grade d’Apprenti où nous avons travaillé notre verticale. La franc‑maçonnerie est une force intérieure qui trouve sa source dans la valeur morale et qui libère l’esprit. En maçonnerie la force n’est jamais appréhendée isolément. Elle est toujours encadrée, accompagnée :
‑ Pour l’apprenti la force du maillet guidée parle ciseau sont associés pour dégrossir la pierre brute.
‑ Pour le compagnon le levier va avec la règle dans son 3eme voyage. La règle, c’est la justesse de la pensée et la rectitude dans l’action. Le levier multiplie la force et permet de mettre en mouvement les fardeaux les plus lourds à condition de trouver un point d’appui judicieux. Utilisé à bon escient, le levier est l’image de la réflexion
et de la volonté d’aboutir de la force et de l’efficacité de l’idéal maçonnique.
‑ Pour le maître, il puisera sa force dans l’acacia
D’une manière générale, incluse dans la triade Sagesse, Force, Beauté elle est au 4ème dans le quarté : Que la justice nous inspire… Que la force nous protégé… Que la prudence nous guide… Que la tolérance nous garde !
La F M a ainsi modifié l’exhortation retrouvée à l’orée des Loges de perfection. Prendre le parti de privilégier le courage, élément premier de la vertu, alors que le rituel précise « que la Force nous protégé », nous donne à préciser, à nuancer, car l’on est dans le champ d’une vertu qui nous semble moins emblématique que le courage, mais peut être plus large, plus constructive: la Force n’est pas seulement le courage, elle est aussi la fermeté, la ténacité, l’endurance, l’obstination dans la rigueur.
Pour le MS, afin que la force soit énergie et volonté, elle doit s’exprimer dans une démarche philosophique où les notions de valeur du quatrième grade soient toutes présentes dans un équilibre subtil entre la justice, la tempérance et la tolérance.
Courage de chercher la vérité et aussi de la dire. Besoin de chercher à savoir, à comprendre dans une attitude aussi distante de la quiétude que de la fébrilité, éloignée de l’activisme et du mysticisme.
Le M S n’est pas seul dans son audacieuse démarche, il est entouré de tous ses FF qui l’aideront par un éclairage différent, lui permettant ainsi d’ouvrir son champ de réflexion vers son devoir.