Que vous a-t-on appris ?
J∴ M∴ M∴
La réception au 4ème D est placée sous le signe du devoir, la formule lors de la clôture des travaux nous le confirme.
A la question du T F P
« Que vous a-t-on appris ? »
L’inspecteur répond : « à
garder le secret, à être obéissant et
demeurer fidèle ».
Quelques remarques linguistiques nous aideront à cerner plus précisément le sens et la portée symbolique de la formule et les raisons de cet apprentissage à ce degré.
Trois infinitifs, un verbe d’action : garder le secret suivi de deux verbes d’état : être obéissant et demeurer fidèle.
Au 4ème D nous sommes dans l’action mais nous sommes aussi Apprenti à ce degré en loge de perfection.
Trois étapes or, à ce grade nous avons 3 fois 27 ans, pourquoi pas 3 étapes de 27 ans ?
27 ans pour apprendre à
garder le secret : c’est l’apprentissage
27 ans pour être obéissant, l’étape de
la mise à l’épreuve
27 ans enfin pour demeurer fidèle, autrement dit faire
partie du cercle fermé des initiés,
époque de la plénitude et de la sagesse.
81 ans, l’age où l’on pratique l’Art Royal de la fidélité à ce que l’on a appris, à ce que l’on a construit, à ce que l’on est devenu.
La mise en forme des formules n’est pas gratuite, réfléchir à cette dialectique, peser le poids des mots, n’est-ce pas retrouver un peu de la Parole Perdue ?
« Garder le secret »n’est pas nouveau pour le F M que nous sommes ;
Depuis notre initiation, et même lors du passage sous le bandeau, nous promettons : « de ne jamais rien révéler de ce que nous aurons vu ou entendu ». « Nous sommes les gardiens d’un très ancien secret… » Ces phrases ponctuent notre vie Maç.
Mais« le secret »dont on parle lorsqu’on évoque le signe du secret ou l’appellation Maître secret est d’un autre ordre.
Le langage profane exprime directement et aisément le signifiant. Le langage secret ou symbolique, suppose la quête et la recherche. La demande du secret nous est donnée par le sceau de Salomon : « nous allons clore vos lèvres… »
Notre signe d’ordre réactive régulièrement notre devoir : « garder le secret ».
Quel secret ?
Le secret qui est en moi et le signe me rappelle de ne pas prendre en compte la réalité voilée par les mots mais aller au delà des apparences pour trouver le sens caché, le véritable sens.
Chercher la vérité qui est en moi, chercher ce secret à l’intérieur de moi, libérer ce qui est enfoui et redécouvrir mon être.
Aller au delà des apparences pour découvrir l’invisible. Rassembler ce qui est épars, comprendre pour me transformer.
Chez les Grecs, cette démarche est la pierre angulaire du mystère le plus grand : c’est l’impossibilité d’enfermer dans le λογος = le verbe, la puissance divine puisque celle -ci englobe le verbe. Cette inclusion du verbe dans le divin empêche l’homme d’exprimer cette notion de divin.
Le silence est donc secret et ésotérique.
Le secret a alors la mission de mettre en valeur l’existence d’une vie intérieure, d’un temple intérieur, de la vérité intérieure, but de notre quête.
Je garde mon secret que je ne peux partager avec vous mais je partage avec vous le savoir que ce secret existe.
« être obéissant »
« être obéissant » c’est se soumettre à une loi, à des règles dictées par autrui ou par soi-même ; l’obéissance à des règles permet de vivre ensemble en harmonie.
Dans notre vie maç, nous acceptons bien évidemment les commandement de notre Ordre et nous nous soumettons aux exigences de notre rituel.
L’obéissance dont il est question dans la formule de clôture des travaux dépasse cette acception.
Le rituel du 4ème D est un contrat entre soi et soi, c’est l’injonction d’un Maç actif, face à ses responsabilités , face à lui-même. Sa recherche est axée sur une rigueur permanente.
La volonté, la constance dans l’effort, la discipline de l’esprit d’obéir sont rappelées à notre conscience morale personnelle dans notre rituel :
vous
déciderez par vous même de vos opinions et actions
vous ne prendrez pas les mots pour des idées
vous n’accepterez aucune idée que vous ne
jugiez vraie.
Ces injonctions rejoignent la philosophie de Kant, qui, dans la métaphysique des Moeurs, exprime, en substance, que le devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi sans chercher une récompense, une satisfaction personnelle, autant d’inclinations qui desserviraient la valeur morale du devoir.
Le Maître Secret, dans sa rencontre avec lui-même s’autodétermine.
Dans le monde profane il est bien trop souvent question de performance individuelle, dans une société où les Droits sont partout et les devoirs envers soi-même et les autres, trop souvent, nulle part.
Cette loi morale doit être le fondement de la réflexion du F M, esprit libre épris de réalité, vérité et justice. Spinoza affirmait : « qu’est libre, celui qui, de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison ».
C’est là un principe de détermination intrinsèque à l’homme libre et de bonnes moeurs.
Le F M, n’ est sous les ordres d’aucune autorité, il est régi par son seul système de valeurs éthiques et morales.
Accomplir son devoir, « être obéissant » c’est être en accord avec la loi c’est être libre face à une loi acceptée parce que conscientisée. « demeurer fidèle ».
Le verbe demeurer met en évidence la persistance à rester dans un certain état.
Fidèle suppose un attachement et de la constance dans les relations. Est fidèle le Maître secret qui ne s’écarte ni de ses promesses, ni de ses engagements, ni de la vérité.
En philosophie, la fidélité est un horizon à atteindre, des échanges à harmoniser,une mémoire à entretenir. Patiemment conquérante, toute de parole et d’écoute jamais oublieuse dans ses élans et dans ses promesses.
La fidélité est très exigeante, elle requiert Force dans la nature des sentiments, Sagesse dans la durée et Beauté dans la confiance installée en l’autre.
Le sentiment de fidélité doit agir en bipolarité entre l’Ordre et le Maç. Chacun attend et reçoit quelque chose d’entier et de fort. Le tout dans une relation placée sous le signe de la liberté. La fidélité doit être librement consentie et librement vécue. Lorsqu’elle est respectée, un contentement la conforte dans ses choix, son vécu, sa confiance. L’image renvoyée par le miroir paraît aujourd’hui et encore demain aussi belle qu’hier.
En entrant dans cette loge de perfection, le Maître secret a juré de respecter la tradition, de suivre la loi et de faire son devoir. Il s’est engagé sur la voie du perfectionnement, une clé d’ivoire à la main ; il a été reçu sous les oliviers et sous les lauriers ; son cou a été libéré de la corde ; un flambeau qui le conduira toujours plus loin lui a été confié.
Le rituel du 4è D induit une prise de conscience et une mise au travail. C’est en respectant scrupuleusement la loi, c’est en suivant avec volonté et persévérance la route du devoir que le Maître secret s’efforcera de rechercher la vérité et la Parole perdue. Maître Hiram a gardé le secret, a été obéissant et est demeuré fidèle au serment, il a respecté son Devoir, il est mort en Homme Libre.
J’ai dit T F P